Baiser 25 ans après, tant mieux pour les défaites

Pour chroniquer un album vieux d’un quart de siècle déjà commenté de nombreuses fois, il vaut mieux convoquer un spécialiste en la matière, ici Jean-Daniel Beauvallet. Il avait lui-même réitéré plusieurs fois l’expérience avec le premier album de Miossec alors que celui-ci n’était qu’une maquette, prouvant alors l’importance de revenir sur un disque, le questionner, le digérer et surtout laisser le temps le faire. Au sujet du deuxième album, réédité cette semaine à l’occasion de ses 25 ans, Beauvallet estime qu’il est arrivé trop vite après Boire : « Il a voulu faire un album peut-être trop rentre-dedans […] alors que Miossec c’était un truc beaucoup plus sensible, beaucoup plus sur le fil». Alors reprenons le fil et réécoutons Baiser, sorti en 1997.


À la simple lecture des titres de Baiser et après que Boire ait imposé Miossec dans le paysage musical français deux ans plus tôt, on peut croire à une parodie de lui-même. Là où l’album précédent est le tableau d’un Brestois type ayant su mettre des mots sur l’âme de ses concitoyens comme personne, celui-ci est plus brut, plus grossier et s’intéresse davantage au chanteur lui-même, nous privant de communion. Boire est l’œuvre d’un trio et le son nous le fait ressentir : aucun des trois participants ne prend réellement le dessus. Or, Baiser est un album plus riche instrumentalement et surtout la voix prend plus de place, le corps est mis en avant, le personnage Miossec est inéluctablement installé.


Boire est le résultat de trente années de vie de Christophe Miossec, Baiser seulement de deux. On est davantage confronté à un album d’un chanteur professionnel que d’un vagabond racontant ce qu’il a vécu jusqu’ici. Car oui, Miossec est devenu un chanteur avec tout ce que cela comporte : jusque dans le son on ressent des silences et une démarcation couplets-refrain qui étaient bien moins marqués en 1995. Sans pour autant parler de recyclage, Baiser c’est Boire en moins bien. Le Brestois y aborde essentiellement sa vie sentimentale avec vulgarité, en y perdant une poésie emprunte de saleté mais toujours ardente.


Le son de Baiser est celui d’un album rock des années 1990 sans grande surprise. Il se mêle facilement au 666.667 Club de Noir Désir sorti quelques mois plus tôt (la mélancolie en plus, on n’est pas à Bordeaux), aux opus de Diabologum (la prétention en moins) et prévient de l’arrivée de Déportivo. En résumé : des guitares, de la batterie et de l’électricité. Il demeure un album brestois mais teinté d’un son rennais tendance Dominic Sonic apporté par le guitariste Olivier Mellano. Cela en fait ainsi un bon album. C’est inéluctable, Baiser contient de très bons titres qui se révèlent emblématiques de Miossec (La Fidélité, Une Bonne carcasse, On était tellement de gauche).


Finalement, ce disque apparaît comme un laboratoire nécessaire pour la suite de la carrière de son interprète. Ces morceaux ressemblent assez à Miossec aujourd’hui sur scène jusqu’à la dernière tournée anniversaire de Boire, le violon obtient une place importante qu’il ne quitte plus ensuite, Chansons ordinaires sorti en 2011 semble être l’album que celui de 1997 aurait pu ou dû être. Surtout, la plume de Miossec redevient vraiment intéressante après ce deuxième album d’autant qu’il commence à écrire pour d’autres, lui conférant une légitimité qui semblait précieuse. Il fallait en passer par Baiser pour être l’un des meilleurs auteurs de chanson du début du siècle.

menezpippo
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le 8 avr. 2026

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Baiser

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menezpippo

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