The David S. Ware Quartet – BalladWare – (1999)
Nous sommes à l’été quatre-vingt-dix-neuf, David S. Ware et son quartet, viennent de terminer une tournée européenne, les voilà sur les genoux, tout s’est bien passé, et ils ont beaucoup donné. Mais voilà que les portes du studio s’ouvrent et qu’il va falloir fournir encore un peu…
Certes, le cœur est vaillant, le désir de bien faire également, mais les musiciens se concertent et optent pour une orientation un peu originale, plutôt que de puiser dans le reste d’énergie encore présente, mieux vaut se réunir autour d’un album de ballades et de quelques standards dont ils partagent les attraits et les charmes.
Ainsi naquit « Balladware », avec sa curieuse pochette champêtre, qui va si bien à cet album un peu bizarre, presque transgressif, quand on connaît le parcours du quartet. Le saxophoniste est entouré de ses fidèles, Matthews Shipp au piano, William Parker à la contrebasse et Guillermo E. Brown à la batterie. Chacun des membres présents connaîtra une réussite professionnelle hors-norme dans les contrées du jazz.
Ce qui aurait pu être un album « bouche-trou », ou de remplissage, s’avère en définitif une véritable pépite, touchée par la grâce, assez éloigné de l’univers habituel du saxophoniste qui offre, avec son quartet, une performance de tout premier ordre. Chacune des pièces présentes est tout simplement merveilleuse, habitée par un énorme feeling, tout en nuance et sensibilité.
Le répertoire contient donc les standards « Yesterdays » de Jerôme Kern, « Autumn Leaves » de Prévert et Kozma, « Tenderly » de Lawrence et Gross. « Dao », « Godspelized », « Sentient Compassion » et « Angel Eyes » sont, apparemment, de David S.Ware.
Ces titres sont bien souvent parsemés de « blues », cette sensation est renforcée par la façon dont Ware utilise son instrument en mangeant les notes, les transformant en un long glissando qui file sans marquer de pause ou d’arrêt. Ce long ruban sonore est assez fascinant, on pense alors à Shepp ou même à Coltrane, bien qu’ici il n’y ait pas de quête. Seul compte l’effet dans l’instant, même s’il est répété et forme une figure importante du style du saxophoniste.
Chacun est ici en grande forme, Shipp est presque romantique dans son approche, renforçant la coolitude en accentuant les effets de Ware. On ne les attendait pas à pareille fête, eux qui sont plutôt des « rentre-dedans », les voici tout en finesse et retenue, montrant de quoi ils sont aussi capables.
« Tenderly » en est un parfait exemple, d’ailleurs parfois on pressent qu’ils se brident, on pense qu’ils vont franchir le pas, y aller, « fendre l’armure » et se livrer en déferlante, en libérant l’énergie, mais que nenni, tout revient en ordre et se range, tout le charme est là, dans cette retenue habile et toujours sur la crète, comme une coque sur la vague qui jamais ne coule…