Ambrose Akinmusire – Beauty Is Enough – (2023)
Voici le premier album du nouveau label créé par Ambrose Akinmusire, il inaugure « Origami Harvest » et porte le numéro de série « un ». Cet album est très particulier pour diverses raisons, quand on a comme lui joué sur le plus prestigieux label de jazz « Blue Note », on peut s’interroger sur le bien-fondé d’un tel acte.
La première raison est tout d’abord artistique car le projet qu’il porte avec cet album est peu compatible avec les préoccupations d’une major, qui réfléchit souvent avec des billets. En effet, cet album est voué à la trompette solo. Cette originalité ne le prédispose pas à un gros succès commercial, mais Ambrose place son art avant tout et tient à cet album.
Il en parle avec des mots qui éclairent son projet. Il faut s’imaginer qu’un musicien comme lui peut tout faire avec son instrument, la technique, l’oreille absolue, le bagage est immense et fabuleux, il n’y a pas de réelles limites à son savoir-faire. Il est largement reconnu par ses pairs comme un praticien exceptionnel.
La réponse à tout ça est contenue dans le titre de l’album : « Beauty Is Enough ». C’est le message qui le guide et qu’il entend faire passer, au-delà de la pratique de l’instrument et de sa capacité à jouer tout ce qui peut lui passer par la tête. D’ailleurs on peut remarquer la minceur relative de sa discographie, là où tant d’autres multiplient les albums, lui se consacre longuement à chacun, et chaque sortie est une fête.
La quête de la beauté, voilà ce qui le mène et le guide, au-delà du reste, du bagage et des moyens techniques. Voici ses mots : « Je voulais donc faire un projet solo qui consiste simplement à m'asseoir au centre de la beauté. Le centre de soi, qui est, pour moi, la beauté. »
C’est donc à l'Église Saint-Eustache, située dans le premier arrondissement de Paris, qu’Ambrose a souhaité effectuer l’enregistrement de l’œuvre, pour se faire il a loué l'espace lui-même, et a enregistré en présence d'un ingénieur du son, Julien Bassères.
Beaucoup de simplicité et pas d’esbroufe, de l’âme au souffle, et du souffle à l’âme, cette fois-ci la vôtre… Quatorze parties qui se succèdent, chacune différente des autres, avec sa vérité, son sens poétique, sa fêlure, son questionnement répétitif, son air badin où son air de quitter la piste… C’est également en ces moments que l’on pense à ceux que l’on aime, alors des dédicaces, des titres qui ne sont que des prénoms, des odes où s’ouvre le cœur.
Par ailleurs une simple citation de Joan Didion se trouve sur le verso de l’intercalaire se trouvant dans l’album : « Je veux dire, peut-être que je détenais tous les as, mais quel était le jeu ? »