On peut imaginer que le duo anglais, composé de Neil Tennant (chant) et Chris Low (musique), quand il eut fini d’enregistrer son quatrième album et a dû réfléchir au titre qu’il allait lui donner, a été bien embêté. Car à son écoute, il est flagrant que le titre de leur opus précédent, Introspective, lui est plus approprié. Le côté dance music du groupe est clairement passé au second plan au profit de quelque chose de beaucoup plus atmosphérique et classieux, une orientation parfaitement démontrée par les deux titres d’ouverture Being Boring et This Must Be the Place I Waited Years to Leave. L’album a été produit par l’Allemand Harold Faltermeyer à Munich. Surtout connu pour avoir composé Axel F, le thème principal au synthé de Beverly Hills Cop, il n’en est pas moins expert des claviers analogiques, choix artistique des Pet Shop Boys pour ce nouveau recueil. Et on peut dire que la collaboration a porté ses fruits, tant Behaviour est un régal pour les oreilles. Moins portée sur les beats dance, la musique peut mieux développer des atmosphères douillettes (To Face the Truth) et des progressions mélodiques délicates. Ce qui ne l’empêche pas d’être également à la pointe de la modernité avec un son ample et puissant, aussi adapté à un faible volume pour une écoute nocturne qu’à faire trembler les murs de votre appartement en poussant le volume au maximum pour profiter des beats qui restent rudement efficaces, notamment sur How Can You Expect to Be Taken Seriously? et son riff de guitare bien tranchant.
On retrouve Angelo Badalamenti, qui avait déjà collaboré avec le groupe sur It Couldn’t Happen Here (tirée de Actually), pour des arrangements orchestraux synthétiques sur deux titres, ainsi que Johnny Marr (guitariste de The Smiths), notamment sur My October Symphony où son instrument labile complémente à merveille un véritable orchestre cette fois. Vu le titre du morceau, on n’aurait pas été contre un empilement symphonique plus grandiloquent, mais la courte coda aux violons est sublime. Le premier single So Hard est indéniablement l’un des sommets de l’album, le plus orienté dancefloor avec du bon clavier analogue stroboscopique à la Giorgio Moroder et un riff de synthé simulant, pour le coup, un orchestre pompeux du meilleur effet. Un morceau à la structure progressive qui n’en finit pas de nous faire tournoyer sous les spots. Malgré ce sursaut, on pourra regretter la diversité des précédents albums du duo, mais ce serait nier à Behaviour sa raison d’être : le duo s’y présente entier dans un écrin homogène excellemment produit, infusé aux comédies musicales de Broadway et au spleen de Frank Sinatra. Les chansons sont autant de variations autour du même thème du désarroi romantique. Neil Tennant n’est pas loin de s’apitoyer sur son sort, heureusement la classe dandy fait la différence.