John Zorn - Masada – Beit – (1994)
Voici le second volume de la formation « Masada », initié par John Zorn autour d’un quartet fixe. Ce parti-pris sera abandonné par la suite, Zorn abandonnant le plus souvent sa fonction d’instrumentiste, pour se consacre à celle de compositeur et chef d’orchestre, confiant ses œuvres entre les mains de musiciens pour la plupart hors pair.
Pourtant John Zorn, le musicien, est tout à fait excellent, il l’a démontré lors de son début de carrière et plus particulièrement avec le groupe Masada, vite devenu historique. Chaque album de cette série qui en contient dix, est appelé par un nom de lettre de L'alphabet hébreu, ainsi après « aleph », vient « beth », puis « gimel », il y a souvent plusieurs écritures pour nommer ces lettres. Il y a, en outre, une valeur symbolique qui se cache dans chacune, mais tout ça est très complexe et une vie suffirait à peine à la compréhension fine de ces symboles…
Nous nous contenterons d’observer que Zorn s’en est tenu aux dix premières lettres, bien qu’il en existât encore, derrière. Lorsque ces albums sont parus au milieu des années quatre-vingt-dix, ils connurent vite une grande considération, qui semblait entourée de mystère pour ceux qui en entendait parler sans pouvoir les écouter, je m’en souviens encore.
Ce qui faisait l’admiration, c’est bien sûr les compos et leur exotisme, mais aussi, et peut-être surtout, la parfaite exécution des pièces, cette idée du « parfait » est une constante chez Zorn, même s’il aime introduire dans certaines œuvres, justement de l’inattendu et de l’aléatoire. Mais il faut également saluer les musiciens qui improvisent magistralement dans les cadres prévus par les compositions.
Généralement, le reproche que l’on fait à cet album est la relative lenteur des compos que l’on y trouve, comme le très beau « Sansanah » probablement, en réalité, ce manque de dynamisme supposé ne pèse que pour partie seulement.
J’aurais plutôt tendance aujourd’hui, à penser qu’en fait, ça ne joue pas, les pièces lentes ne sont pas moins bonnes que les autres et s’il est vrai que l’équilibre n’y est pas, il n’est pas non plus à l’intérieur des compos elles-mêmes, qui sont souvent secouées et parcourues de saccades.
D’ailleurs certaines compos ici feront partie de la sélection qui sera établie lors des concerts et « Hadasha », « Lachish », « Rachab », « Achshaph » et « Shilhim » seront jouées en live, c’est-à-dire un peu moins de la moitié de l’album, ce qui ne laisse en rien supposer un quelconque affaissement dans l’inspiration. La dernière pièce « Shilhim », est teintée profondément par la musique klezmer et nous est servie à la sauce free, bref et éclatant !
Il faut savoir également que l’album est couramment nommé « Masada deux » par les amateurs, ce qui se conçoit aisément, il en sera de même pour le reste de la série, une numération non écrite s’imposera, avec le temps...