Big Inner
7.1
Big Inner

Album de Matthew E. White (2012)

Totalement et éperdument américain

Sorti au beau milieu de l'année dernière sur le label Hometapes, le premier album de Matthew E. White, Big Inner (malicieux jeu de mot avec "Beginner") paraît ces jours-ci en Europe chez Domino Records. Dans une interview donnée à RVA Magazine en 2011 (ce qui confirme la justesse de cette théorie mise en pratique sur son album), White affirme être amoureux transi des grosses sections de cuivres et de cordes. Il déclare également vouloir calquer son processus d'enregistrement aussi bien sur le dub jamaïcain (pour ses expérimentations sonores) que sur la Motown, Stax ou Atlantic Records par l'omniprésence d'un house band, ce groupe résident qui participe exclusivement à l'enregistrement des tous les disques du labels.

De fait, dès la première écoute de Big Inner, l'abandon passionnel et rigoureux à ce postulat se révèle être tout à fait gagnant en termes de production et d'élégance sonore. Les arrangements sont subtilement boisés et cuivrés et les paroles baignent dans un lexique religieux et solennel. Une quasi-constance tout au long des sept morceaux qui composent un album où il est essentiellement question d'amour, de mort, des ténèbres et du paradis, mais aussi de grogs au whisky et du Brazos, le plus grand fleuve du Texas.

Au contraire de certaines des plus puissantes voix soul afro-américaines (James Carr, Wilson Pickett ou encore Lee Moses), Matthew E. White tisse sa foi sous des murmures et des violons mixés très loin en arrière-plan. Bien loin de tout maniérisme, White met du coeur à l'ouvrage pour offrir à son auditeur ses douces tempêtes musicales. Car au-delà de la très belle production de ce disque, c'est avant tout sa charpente mélodique qui laisse rapidement pantois. Big Inner n'est pas un concept album au sens communément entendu, mais il en possède tous les atours: des premières et infiniment douces mesures de l'inaugural "One of These Days" à "Brazos", cathartique cathédrale sonore d'une durée de 10 minutes, ce disque est gorgé de ballades savamment orchestrées ("Will You Love Me" ou "Gone Away") et de brillants morceaux uptempo ("Big Love" et "Steady Pace").

Héros soul à barbe du 21e siècle, Matthew E. White produit avec Big Inner une des plus belles orfèvreries que l'on ait pu écouter ces dernières années. Un album à ranger aux côtés de What's Going On de Marvin Gaye pour la verve religieuse, de Nixon de Lambchop ou encore du premier album de Bill Fay pour la clairvoyance architecturale des arrangements. Big Inner inspire, expire et transpire une certaine majesté, ou plus exactement une richesse puisée dans les plus grandes heures de la musique soul, gospel et folk. Bref un disque totalement et éperdument américain.
julienldr
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs albums de 2012

Créée

le 16 mars 2013

Critique lue 154 fois

julienldr

Écrit par

Critique lue 154 fois

2

D'autres avis sur Big Inner

Big Inner

Big Inner

9

julienldr

le 16 mars 2013

Suivre

Totalement et éperdument américain

Sorti au beau milieu de l'année dernière sur le label Hometapes, le premier album de Matthew E. White, Big Inner (malicieux jeu de mot avec "Beginner") paraît ces jours-ci en Europe chez Domino...

Big Inner

Big Inner

7

Eric-Jubilado

le 27 juin 2013

Suivre

Critique de Big Inner par Eric-Jubilado

A l'origine de ce "Big Inner" (Beginner ? Ha Ha Ha ?), il y a une idée intéressante, même si elle a déjà été amplement exploitée par Lambchop - avec les brillants résultats qu'on sait : appliquer à...

Big Inner

Big Inner

8

takeshi29

le 15 mars 2013

Suivre

Des poils et du talent, voici venu Matthew E. White

Qui est donc ce mystérieux Matthew E. White, dont le premier album, "Big inner", est sorti dans une indifférence quasi-générale au milieu de l'année dernière ? Cet américain au look de bucheron...

Du même critique

Life Is People

Life Is People

8

julienldr

le 13 janv. 2013

Suivre

Générosité et renoncement

Il y a maintenant plus de quarante ans, Bill Fay sortait deux grands albums: un album éponyme en 1970 et, l'année suivante, Time of the Last Persecution. Deux disques et deux teintes complémentaires:...

‘Asunder, Sweet and Other Distress’

‘Asunder, Sweet and Other Distress’

7

julienldr

le 15 avr. 2015

Suivre

Le son comme seule arme

En 2012, le retour de Godspeed You! Black Emperor après 10 ans d’absence avec le remarquable ‘Allelujah! Don’t Bend! Ascend! avait marqué les cœurs vaillants des fans puisque le disque contenait –...

Fuck Off Get Free We Pour Light on Everything

Fuck Off Get Free We Pour Light on Everything

8

julienldr

le 3 févr. 2014

Suivre

Thee Silver Mt. Zion poursuit sur son nouvel album le raffinage de ses ardents cantiques

En maintenant treize années d’existence, Thee Silver Mt. Zion prolonge l’assèchement des glandes lacrymales autrefois mises à l’épreuve sur ses deux premiers albums ivres de violons inquiétants et de...