Le vecteur, c'est ce truc qui t'emmène d'un point à un autre instantanément. Un peu comme quand t'es peinard chez toi, casque sur les oreilles, et tu te retrouves 68 minutes plus tard, sans prévenir.
Le plus ennuyeux, c'est que tu te souviens de rien. Juste une sensation bizarre au niveau de la nuque, et le cerveau complètement engourdi. Comme si quelqu'un s'était amusé à te balancer des équations impossibles à résoudre directement dans le crâne.
Autant vous dire que la première fois que ça m'est arrivé, j'étais plutôt déboussolé. Assis sur mon trône, au milieu de mon palace, le livre de science-fiction toujours ouvert à la même page... Je jette un oeil à la platine qui ne tournait plus. J'avais pourtant le souvenir du diamant se posant délicatement sur la cire.
Posée à côté, cette pochette grise, froide et mécanique, et en même temps viscérale. Avec ces quelques mots. Le nom du groupe, bien sur, au logo presqu'illisible, comme tout bon groupe de metal moderne.
Et "Black Future". Vektor vient d'inventer la machine à voyager dans le temps. Du temps que l'on ne peut récupérer, puisqu'elle ne marche que dans un sens : 68 minutes dans le futur. Un futur noirci par l'écoute de cette voix, black dans l'esprit, totalement déchaînée et libre dans la pratique. Par l'écoute de ces instruments, tous parfaitement audibles, chacun laissant la place aux autres pour mieux asséner les coups, aussi efficaces et puissants que millimétrés, tel l'orchestre infernal et mélodique rythmant les nuits d'un futur post-apocalyptique.
Ce n'est qu'au bout d'un certain temps que j'ai découvert la véritable nature de la chose. Braver les lois du temps se paye. Se paye par une addiction. Et la mémoire se plait à tout effacer après chaque voyage, pour rendre le prochain le plus proche d'une nouvelle expérience.
Cette machine joue avec votre cerveau. Je vous aurai prévenu.