John Coltrane – Black Pearls – (1958)
« Black Pearls » a été enregistré sur « Prestige » le vingt-trois mai mille neuf cent cinquante-huit, les trois titres ont été captés en une seule session. On retrouve les habitués, John Coltrane, Donald Byrd, Red Garland, Paul Chambers et Art Taylor.
Après sa participation à « Milestones », on note que Red Garland vient d’être remplacé dans le groupe de Miles Davis, par le pianiste Bill Evans, à qui on accorde la paternité de l’introduction de la musique modale dans le jazz, ce qui permettra à bien des portes de s’ouvrir…
Justement, Coltrane est arrivé à un stade critique de son évolution musicale, certainement le meilleur au monde sur son instrument, il délivre sur le morceau titre qui ouvre l’album, un solo plein de virtuosité, avec des enfilades sans fin de doubles-croches, qui éblouissent en même temps qu’elles semblent frapper contre un mur. Peut-être Coltrane ressent-il le sentiment d’être dans une impasse ?
Lui qui a toujours cherché, creusé, s’est sans cesse remis en cause, butte aux limites de la technique, dans cette voie verticale qu’il a habitée mieux que personne, dans ses recherches autour de l’harmonie. Certes, il impressionne, mais il n’aspire pas à devenir une bête de scène, la musique qu’il désire est encore à naître, et il sait qu’il lui faut travailler encore, toujours chercher et persévérer.
La seconde pièce est un standard « Lover Come Back To Me » interprété up tempo, avec un Donald Byrd dans les pas de Trane. La pièce tourne rond et on retrouve notre saxophoniste à la fois exaltant et presque frénétique, la pièce est majuscule dans son interprétation et devient même ébouriffante à plus d’un moment avec un solo d’Art Taylor vraiment remarquable à la batterie, court mais mémorable.
La troisième pièce, « Sweet Sapphire Blues » loge sur la face B, elle dure un peu plus de dix-huit minutes et comme l’indique le titre, c’est un blues joué mid-tempo. Il y a une petite anecdote qui la concerne, elle est en effet créditée à Robert Weinstock, le propriétaire de Prestige Records, alors que ce dernier n’a jamais composé quoi que ce soit de sa vie, c’est donc « par défaut » que son nom apparaît ici.
La pièce est bien chouette et bien agréable, avec un Trane qui poursuit sa route, un Red Garland très brillant, Donald est dans ses standards et la rythmique assure à la perfection. On ne s’y ennuie pas, même si rien de surprenant ou de transcendant n’est perceptible, si ce n’est à nouveau Art Taylor qui déploie son talent de soliste et nous épate bien.
Sans surprise cet album ne sortira que sur le tard, en soixante-quatre, presque dans un autre temps.