Renaud Garcia-Fons – Blue Maqam – (2024)
Renaud Garcia Fons est un contrebassiste que j’ai évoqué une fois ici, sur un album de Kip Hanrahan, « All Roads Are Made Of The Flesh », de quatre-vingt-quinze, depuis de l’eau a coulé sous les ponts, et sa fille, Solea Garcia-Fons, qui avait alors deux ans, est devenue, danseuse, comédienne, mais surtout chanteuse, c’est à ce titre qu’elle éclate ici, sa voix, très travaillée, participe à la magie de cet album.
Mais ce qui caractérise également cet album c’est son appartenance, non seulement au jazz, mais aux musiques du monde, pour se faire Solea chante dans de multiples langues, le français, l’espagnol et l’anglais, mais également l’italien, le grec, l’arabe, l’hébreu et le persan, de quoi déjà parcourir un joli périple autour des cultures de la planète.
Pour ce faire il y a ici également Stéphan Caracci au vibraphone et au marimba, Jean-Luc Di Fraya aux percussions et à la batterie et bien sûr Renaud à la contrebasse, ainsi qu’aux compos, les textes se partagent entre le père et sa fille, mais aussi Rümi, et Fatras.
Ainsi l’album est œcuménique, les titres en sont le meilleur témoignage, écrits dans plusieurs langues, ils sont également traduits en français, on obtient donc « Un Moment de Paix », « Vers Un Monde Nouveau », « Paix Sur Le Monde », bref, beaucoup de bons sentiments et de générosité, celle de la musique et des mots.
C’est également un album de la tempérance, « Prends le temps », et des voyages et de l’espoir, « Ma bonne Etoile », « Lointain Rivage », « Ville Eternelle ». Parmi les chansons il y en a de superbes, aussitôt accrocheuses, comme « Makrini Akti », « Nóiméad Síochána » ou « Alicante » qui ouvre l’album ou encore « Najmati », sans oublier le poème de Rümi « Hame Chab » qui signifie « Toute la nuit ».
Il y a également le très beau « Salam Al Haolam », l’avant-dernière pièce, qui met en valeur la voix pure et écarlate de Solea, mais elle possède également une vaste amplitude, ce qui n’est pas une qualité forcément toujours recherchée dans la musique dite de « jazz ». Ce qui pourrait éventuellement gêner quelques auditeurs, bien que personnellement ça me ravisse….
Cet album est issu d’un concert au « Théâtre du Vésinet », enregistré en avril deux mille vingt-quatre, avec des procédés très au fait, car le son est vraiment excellent. A noter que le titre « maqam » renvoie à la musique arabe et au « système de gammes et de motifs mélodiques » qui forment une certaine tradition artistique.