Jaki Byard – Blues For Smoke
Cet album a été enregistré aux « Nola Penthouse Studios », à New York City, le seize décembre mille neuf cent soixante, pour le label Candid. Et sa première vie s’arrête là.
Pourtant Jaki Byard est un musicien très apprécié, il a participé en tant que pianiste à deux albums phares du jazz d’alors, « Outward Bound » d’Éric Dolphy et « The Black Saint and the Sinner Lady » de Charles Mingus, de quoi envoyer un bon pianiste sur orbite, d’autant qu’il fut enregistré une semaine avant « Far Cry » de Dolphy auquel il participa également ! Mais rien n’y fit, cet album resta dans son coin sans que personne ne s’avisa de le déranger…
Il ressuscita une première fois lors d’une édition japonaise en promo uniquement, en soixante et onze, puis connu deux autres éditions, toujours au Japon, en soixante-dix-huit. Puis ce fut une édition Cd italienne qui le rendit vraiment disponible au plus grand nombre, avec la loco en couleur sur la pochette…
De mon côté je vous avais présenté Jaki en duo avec Ran Blake sur « Improvisations », un album de quatre-vingt-un, il y a également les deux albums sur « Futura » de soixante et onze qui sont excellents.
Mais parlons un peu de ce « Blues For Smoke » qui vient d’être à nouveau réédité, cet album au piano solo est très ancré dans la tradition jazz, le ragtime et le stride sont de sortie, et Jaki revendique fièrement l’héritage. Assez souvent on pense au vieux maître, Fats Waller ou encore à Art Tatum, peut-être est-ce cette couleur rétro qui retarda sa sortie ? Pourtant Jaki se montre également moderne et prouve qu’il n’a peur de rien…
Comme sur « Jaki's Blues Next » où il évoque le free jazz, en même temps que la tradition, la pièce est brève mais intense, ce mélange trad/free est étonnant et bien vu, succédant au superbe morceau titre « Blues For Smoke », déjà un poil bousculé.
Il faut également souligner que Jaki est l’auteur de toutes les pièces, on goûte également à la savoureuse « Diane’s Melody » avec ce be-bop déstructuré qui évoque Monk et se termine avec une liberté totale.
Assurément un grand album, atypique, que l’on écoute, un peu comme on ouvre une encyclopédie…