[…] Aujourd’hui, Luke revient en Luke Temple tout simplement. Et nous propose un énième manifeste de la diversité stylistique où le jeu multiple de superpositions musicales n’est jamais cacophonie. On s’y sent aussi bien que dans ces disques oubliés de country-folk où les diphtongues chantées glissent avec naturel sur des licks dégoulinants de cordes archaïques, et pourtant dans le même temps, c’est le clavier aux milles harmonies vocales sur-léchées de la décennie 70 du siècle passé qu’il semble vocaliser seul. Et pourtant dans le même temps on ne sait plus si, sur l’autoroute sensible de ces titres qui défilent avec une paradoxale simplicité, se joue celle d’un kraut sourd ou d’un funk paisible. Le sentiment autoroutier ne s’arrête jamais, frise la transe parfois, pourrait nous mener aux confins de l’espace où chaque note électronique serait le scintillement d’un millier d’étoiles, nous rend tendre quand au détour des sons mélangés d’une piste semble s’affirmer l’image mentale d’un Paul Simon qui roulerait goulument des pelles à Brian Eno. Quand la percussion est machinale et rotative, la basse est mélodie lumineuse tout du long. Quand la percussion vient chercher ses influences en dehors du froid occidental, le chant se froisse tout en intimité nocturne. Les émotions sont palpables, fortes même parfois, et pourtant ont l’élégance de ne jamais crier. Pas de grande effusion pour les joies et les peines diffuses. Tout ceci avec le sentiment merveilleux de ne jamais être perdu dans ce grand tout mais d’être enfin chez soi. […]
http://section-26.fr/luke-temple-both-and-native-cat-recordings/