Louis Moholo, Evan Parker, Pule Pheto, Gibo Pheto, Barry Guy Quintet – Bush Fire – (1996)
Voici un album de free jazz pur, sans entraves, ni rien qui puisse empêcher la spontanéité de s’exprimer. On le classifiera côté jazz britannique, mais sans véritable raison valable, en fait ils sont deux, Evan Parker et Barry Guy à être des régionaux, car l’album a été enregistré en quatre-vingt-quinze, au mois de juillet, dans les studios Gateway de Londres.
Mais la couleur est également Sud-Africaine, avec Louis Moholo à la batterie, entouré des frères Pheto, Pule au piano et Gibo à la contrebasse, côté gauche. En effet, et c’est une particularité, il y a deux contrebassistes, ainsi Barry Guy joue à droite. A l’écoute il est aisé de les discerner, mine de rien, la rythmique ici est tout simplement extraordinaire.
Mais pas seulement, car une merveilleuse leçon de free se cache ici, l’album est long, presque soixante-dix-neuf minutes au total, mais l’ennui ne vient pas, pour peu que l’écoute se déroule avec concentration, dans un environnement propice. C’est pourquoi j’aime le petit matin, quand la nuit est encore présente et que rien ne dérange…
Bien qu’ils soient cinq, il arrive à certains moments qu’un musicien se repose, laissant le champ aux autres, ainsi « South Afrika Is Free – OK ? » se joue sans Evan Parker, et « Mark Of Respect » est une affaire strictement Sud-Africaine, et même un duo de bassistes se forme pour « Back Beat », il y a même un solo de piano, « Coincidence » !
Il n’y a pas de règle, c’est le feeling qui décide, le plaisir de jouer et d’échanger, juste se lancer, car on peut également passer un merveilleux moment à écouter, c’est ce à quoi nous sommes conviés ! Les pièces en quintet sont tout de même les plus nombreuses, au nombre de cinq à mettre en regard avec les dix pièces présentes au total sur l’album.
Autant l’admettre, le dire et le poser, il y a comme une « magie » ici, elle se ressent tout du long de cet album, comme si la grande bienveillance, la communion entre les musiciens et la tendre complicité, tout cet état d’esprit se glisse dans les notes de musique et transpire.
Bien sûr, on remarque la relation Moholo/Parker, quasi fusionnelle, qui s’installe, mais elle emporte l’ensemble des participants, jusqu’au « pékin » qui écoute la galette en fin de chaîne, avec un casque sur la tête…
Ceux qui recherchent un free, non pas « apprivoisé », ce serait un vilain mot, mais essentiellement respectueux, où chacun s’écoute et ne joue pas plus fort que son voisin immédiat, peuvent se tourner vers cet album et y jeter une oreille, il pourrait vous convaincre que le free, c’est génial ! Evan Parker est souvent dans ces coups-là, alors merci à lui, il a su se promener en musique avec cette philosophie bienveillante, portée également par John Stevens.
Un très bel album publié par Ogun.