Poussé par sa maison de disques, Krokus poursuit son évolution entamée sur son précédent disque deux ans auparavant. Sauf que ce n’est plus à un changement de style que se livre le groupe, mais à une émasculation. Du rock à la AC/DC, il ne reste vraiment plus aucune trace tout au long des neuf titres qui composent ce disque plat, gorgé d’AOR, qui fait la part belle aux refrains faciles, gavés jusqu’à la gorge de « eh eh » comme sur « Hot Shot City » et « Burning Up the Night », d’arrangements sirupeux (« Let This Love Begin ») et de nappes de claviers indigestes comme sur « Now (All Through the Night) » qui lance le massacre. Le groupe est tellement aux abois, qu’il va même jusqu’à se piller, vampirisant « Tokyo Nights » pour composer la chanson pour scouts qu’est « Say Goodbye ».
On a beau tourner et retourner chaque chanson, il est vraiment difficile de tirer quoi que ce soit de transcendant, la faute à une production qui manque de dynamisme et qui noie tout sous des tonnes de maquillage. Même lorsque le morceau aurait pu casser la baraque, comme « Hard Luck Hero », on se retrouve finalement avec quelque chose d’inoffensif, dans lequel, même le solo de guitare essaie de ne déranger personne. Et ce n’est pas le solo d’Allan Holdsworth sur « Long Way From Home » qui sauve les meubles.
Etrangement, ce disque entre dans le Bilboard et semble toucher une partie du public américain qui n’est pas rancunier étant donné le massacre du « School’s Out » d’Alice Cooper (dont le clip est tout aussi pourri). Il faut dire que l’époque était vraiment aux guimauves élevées en montagnes du bon goût. Malheureusement pour les Suisses, les Européens n’étaient pas aussi accrocs au sucre. Le groupe comprendra son erreur et changera à nouveau de style et de label sur l’album suivant.