Children of God sort le 1er janvier 1987 et réunit tous les genres que Swans avaient introduits auparavant, du noise rock abrasif des débuts aux sonorités industrial/gothic explorées dans leurs plus récents projets, Greed et Holy Money.
Après avoir passé des années à expérimenter et chercher son identité, le groupe décide d’intégrer tout ce qu’ils ont développé en cinq ans et quatre albums studio dans un seul projet, plus long, plus ambitieux, et bien plus abouti que les précédents. En effet, Children of God contient tout ce que Swans sait faire de mieux, avec plus de maîtrise que jamais auparavant.
En parcourant l’album, on reconnaît dès le premier titre le style post-punk/noise nerveux qui nous avait été introduit dans Filth, suivi d’une ballade folk menée par la chanteuse et claviériste Jarboe qui depuis ses débuts avec le groupe offre des sonorités beaucoup plus douces, contrastant avec la violence qui avant dominait le son de Swans.
C’est ce contraste qui rend l’album plus digeste que les précédents malgré sa longueur, et en fait le projet le plus accessible du groupe jusqu’ici.
Our Love Lies est le parfait mélange des deux genres, une ballade acoustique cette fois chantée par Michael Gira, accompagnée d’une grosse caisse et de guitares saturées. Le résultat est bluffant : c’est la première fois que j’entends Gira chanter et je suis étonné de trouver de la douceur dans sa voix, m’étant habitué à des râles ou des hurlements bestiaux de sa part.
Sex, God, Sex me fait penser à Cop, avec ses guitares désaccordées et son rythme lent. Ce morceau est particulièrement dur à la première écoute. Gira est à fond dans son délire de culte religieux et il hésite pas à centrer tout le morceau sur sa voix. Cette confiance absolue envers sa vision créative rend l’album encore plus convaincant dans son ambiance mystique.
Blood and Honey n’est pas inintéressant, cependant il n’amène rien de vraiment nouveau. De plus, il y a de meilleurs morceaux avec la voix de Jarboe dans cet album. Il aurait pu être légèrement plus court ou aller plus loin dans son expérimentation avec la musique électronique.
Like A Drug (Sha La La La) est un de mes titres préférés de l’album. La voix de Gira s’impose comme véritable chef d’orchestre, planant comme une ombre par-dessus une symphonie macabre mêlant cordes et claviers aux textures variées, le tout unifié dans un refrain envoûtant (« Sha La La »)… Sans oublier les chœurs, essentiels pour intégrer le morceau dans l’univers pensé par Michael Gira.
You’re Not Real, Girl est aussi une perle. Le morceau possède les lyrics les plus mémorables de l’album et contient une des meilleures performances de Gira qui parvient encore une fois à exprimer plus d’émotion qu’on n’en attend de lui sans même essayer…
Beautiful Child me casse les oreilles. Je ne m’attarderai pas dessus plus longtemps.
Blackmail est le morceau le plus mélancolique de l’album. Il est aussi le plus court, servant de transition entre la première et la deuxième partie de l’album, plus intime et moins agressive. Le morceau introduit le hautbois et le piano, ce qui permet un basculement dynamique total et soulage mes oreilles par la même occasion…
Trust Me continue sur la lancée de Blackmail avec une ouverture acoustique menée par solo de Lindsay Cooper au hautbois, accompagné par la guitare de Michael Gira. Ce calme est rompu par le retour de la batterie et la guitare électrique dans un refrain fracassant chanté par Gira. Puis, alors qu’on a l’impression que le morceau va se terminer en fade out, une minute de quasi-silence entrecoupée de clapotements d’eau, de grognements et de gazouillis d’oiseaux…
Real Love est le plus beau morceau de l’album. Chaque instrument y est à sa place et est en harmonie parfaite avec la voix de Gira, en particulier l’harmonica qui ajoute une dimension sonore nouvelle au groupe. Il s’agit tout simplement de la plus belle réussite de Swans en matière de cohésion et de production selon moi.
Blind Love réutilise la structure de Trust Me, cette fois-ci introduit par la batterie et beaucoup plus austère, ce qui contraste avec la richesse instrumentale des morceaux précédents. Dans celui-ci, Michael Gira prend son temps. C’est d’ailleurs le morceau le plus long de l’album, avec ses 7 minutes et 46 secondes.
On pourrait donc s’attendre à un des premiers monuments épiques de Swans, un avant goût d’un nouveau genre qui plus tard les rendra célèbres… Mais, pas de chance, ce morceau est juste un énorme catfish. Il ne fait que tourner en rond dans sa démarche cathartique qui était pourtant bien exploitée dans Trust Me mais devient ici un gimmick lassant, ne provoquant plus aucune surprise…
Children of God arrive juste à temps pour conclure ce cinquième album en beauté. Il commence avec un riff de guitare saturée joué en contretemps avec un mélange d’orgue et de batterie martelée, puis entre la voix de Jarboe, accompagnée par des chœurs à teinte gospel, qui donnent un ton à la fois rituel et solennel, dans un refrain liturgique (We are children, children of God) répété en boucle comme une prière jusqu’à disparaître en fade out.
Swans ont réussi l’exploit de rassembler tous les meilleurs aspects de leur musique dans un seul album sans trop surcharger leurs morceaux, tout en continuant d’expérimenter dans leur façon de gérer différentes voix et différents instruments à la fois.
Je trouve leur évolution assez impressionnante pour un groupe encore jeune ayant toujours des difficultés à trouver son audience. Je suis curieux de voir comment ils ont donné suite à cet album qui, pour moi, est de loin leur meilleur jusqu’ici.
À suivre…
iwi, le 28 août 2026