John Coltrane – Coltrane – (1957)
Le sommet artistique du label « Prestige » est à son apogée lorsque le jeune saxophoniste John Coltrane s’y installe pour une période relativement courte, mais incroyablement prolifique, entre l’enregistrement de sa première session en tant que leader, avec cet album « Coltrane » enregistré le trente et un mai mille neuf cent cinquante-sept, et son ultime session qui se termina le lendemain de Noël mille neuf cent cinquante-huit. Soit un total de dix-neuf mois…
Pourtant, durant cette brève période il enregistra une douzaine d’albums en tant que leader et participa à de nombreux enregistrements concernant les autres musiciens du label « Prestige », comme ceux présents sur cet album et les deux présentés au-dessus.
Ainsi on peut entendre sur ce premier essai Mal Waldron ou Red Garland au piano, Sahib Shihab au sax baryton que l’on entend sur le canal droit dès le dynamique « Bakai » qui ouvre l’album. Il y a également le trompettiste Johnny Splawn sur trois pièces, l’incontournable Paul Chambers à la contrebasse et le fameux Albert Heath à la batterie.
La seconde pièce « Violets for Your Furs » est la première des deux ballades qui se tiennent sur l’album, prétexte à un long développement de Coltrane qui le singularise en cette période. En effet l’une des particularités de Coltrane qui se manifestait dès cette époque, était son goût pour les longs solos qui dépassaient ce qui se faisait habituellement. Cette petite révolution ne fit que s’accentuer et sera une des marques de ce fabuleux musicien.
Pour autant ce premier essai pour prestige se tient relativement sage et nous montre un saxophoniste déjà en pleine possession de ses moyens, capable de faire face aux situations, même s’il est réputé se perfectionner sans cesse, un autre trait saillant de la personnalité de ce musicien.
Pour autant le cadre est ici plutôt « hard bop », avec des titres comme « Time Was » ou « Straight Street » plutôt conventionnels, si ce n’est la présence de Sahib Shihab qui colorise savoureusement l’album lors de chorus plaisant à entendre, son âpreté contrastant avec la douceur du son coltranien.
« While My Lady Sleeps », titre à la mode, est la seconde ballade de l’album, encore plus magnifique que la première c’est dire… La basse redondante dramatise l’ambiance et coiffe la pièce d’un doux romantisme. Mais ce qui singularise davantage les compos, ce sont les deux signées par le saxophoniste et qui semblent graviter autour de l’addiction aux drogues qui ronge alors Coltrane, « Straight Street » et la superbe pièce finale « Chronic Blues » …