Cecil Taylor – Corona – (2021)
« Corona » a été enregistré en live lors du « Total Music Meeting » au « Podewil », le premier novembre quatre-vingt-seize, au siège de l’organisme « Kulturprojekte Berlin ». Le lendemain Cecil Taylor enregistrera l’album « Almeda », et le surlendemain, « The Light of Corona ».
Cet album-ci, « Corona » donc, sortira une première fois de façon dématérialisé sur « FMP Archive Edition » en deux mille dix-huit, puis au format Cd édité par « Corbett VS. Dempsey », une belle édition digne de la renommée de ce label.
La première pièce ne dure que six minutes, ce qui est court pour une pièce de Taylor, c’est une sorte de poésie dite par le pianiste accompagnée par des vocalisations d’environ huit autres musiciens qui participeront bientôt à l’album « The Light of Corona », et reviendront ici pour la piste trois. Mais ce qui nous intéresse surtout c’est la piste deux. Voici ce qu’avait déclaré, la veille, Cecil Taylor : « Sunny Murray arrive, et il jouera avec nous demain soir, et nous verrons ce qui se passera par la suite... Nous allons attendre et voir dans quelle lune se trouve Sunny. »
C’est que Cecil aimait se confronter à de nouveaux batteurs, ils sont nombreux à avoir joué aux côtés du fabuleux pianiste, Han Bennink, Günter Sommer, Louis Moholo, Paul Lovens ou Tony Oxley, pour ce qui est de l’Europe. Sunny Murray est certainement un partenaire idéal, ils ont d’ailleurs déjà gravé ensemble le fameux « Live At The Cafe Montmartre » de mille neuf cent soixante-trois, depuis, le paysage sonore a été sérieusement bousculé.
C’est donc sur la partie deux, dite « Sector 2 », d’une durée de quarante-huit minutes que va se dérouler la rencontre. Rien que le fait de que cette réunion ait lieu, est déjà un événement considérable, eu égard à la personnalité des deux géants, l’un au piano et l’autre à la batterie, chacun novateur, révolutionnant son instrument en lui conférant rien moins qu’un nouveau langage.
La prise de son est parfaite et surtout équidistante, Taylor à gauche et Murray à droite, cette sensation d’équilibre s’entend également dans la musique car il n’y a pas de confrontation, mais bien une rencontre, où chacun bénéficie de l’engagement de l’autre, ainsi Murray frappe avec force et tumulte, agitant les cymbales et les triangles avec frénésie, tandis que Taylor percute lui aussi le clavier, puis se lance dans une course folle dans le registre déconstruit qu’on lui connaît, jouant des clusters et des dissonances.
Les deux sont bien ensemble, partenaire d’un même voyage, l’un portant l’autre et le soulevant, les deux esprits semblent comme liés, partenaires du même voyage, les deux forces s’unissent et foncent à l’unisson vers un accomplissement musical que l’on aurait aimé voir encore fructifier, mais cela n’adviendra pas…
La troisième pièce marque un retour à la narration, mais c’est bien la rencontre des deux légendes qui fait le sel de cet album !