Le début des années 2020 était synonyme d’extase pour tout fan de rock à l’affut d’un renouvellement qui se présentait enfin. Quatre groupes à la musique bien distincte se tiraient la bourre sous l’étendard d’un pseudo post-punk, en réalité plus proche du rock progressif qu’autre chose. black midi s’est depuis dissous, laissant Geordie Greep et Cameron Picton tracer leur chemin en solo ; Black Country, New Road doit encore confirmer avec son prochain album qu’il n’était pas complètement dépendant de son chanteur Isaac Wood ayant plié bagage en 2022 ; Fontaines D.C. a quant à lui atteint une popularité nouvelle avec Romance au prix d’une certaine compromission avec le rock alternatif. Il ne reste plus que Squid à la trajectoire finalement la plus régulière et cohérente : après des débuts tonitruants avec Bright Green Field, le quintet de Brighton a su confirmer avec son polymorphe O Monolith. En restant dans cette même dynamique d’un disque tous les deux ans, le groupe dévoile désormais Cowards, toujours supervisé par Dan Carey, grand gourou du rock outre-Manche qu’on ne présente plus.
Disparition du ton braillard d’Ollie Judge (chant, batterie), dos tourné au punk des débuts, Cowards tire bel et bien un trait sur la période Bright Green Field. Si O Monolith était déjà l’esquisse d’une musique plus complexe aux inspirations croisées, ce troisième disque en est l’approfondissement sur tous les aspects : des compositions avant-gardistes à la structure toujours plus multiforme, une dimension acoustique davantage prononcée. Squid saute à pieds joints dans le genre Art rock, accompagnant ses guitares de cuivres, cordes, clavecins et autres séquenceurs électroniques. Dans cet ensemble composite, le groupe réussit à trouver une cohérence subtile qui est probablement le résultat d’un processus créatif éminemment collectif, où chaque note est imaginée ensemble, poussant l’exercice de la recherche sonore à son paroxysme. A cette complexification instrumentale, le collectif vient ajouter une nouvelle dimension littéraire à ses textes : neuf morceaux pour neuf histoires, parfois inspirées des dernières lectures d’Ollie Judge. A titre d’exemple, Crispy Skin, premier single et ouverture de l’album, tire ses références cannibales dérangeantes du roman Cadavre Exquis d’Agustina Bazterrica, tandis que Frank, principal protagoniste de Building 650, est directement extrait du roman noir Miso Soup de Ryū Murakami. Entre la dégustation anthropophage et les promenades dans les quartiers du plaisir de Tokyo, le ton est donné d’entrée.
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