Beaucoup de fans attendaient ce nouvel opus de Papa Roach, surtout après la mise en ligne de deux singles : « Crooked Teeth » en décembre 2016 et « Help » en février 2017, une pratique qui ressemble étrangement à ce que font les Japonais. Autre singularité pour un groupe de cette envergure, l’album a été financé par une campagne de crowfunding durant laquelle le groupe mettait même en vente son studio, un réfrigérateur, une journée avec eux et autres curiosités de la sorte. Pour un neuvième album et un groupe d’une telle notoriété, cela peut sembler surprenant…
Mais revenons à la musique, puisque c’est ce qui nous intéresse, le reste n’étant que du folklore. Enfin, pas tout à fait, puisqu’avec les apports des fans, les factures sont déjà payées, et on peut se demander si cela n’a pas influencé l’écriture des compositions. En tout cas, à l’écoute de ces dix morceaux, l’auditeur a l’impression d’un disque calibré pour les oreilles des teenagers américains : refrains accrocheurs à la limite de la pop : « Born For The Greatness » avec sa construction à la Skillet et ses effets de voix à la Katie Perry, couplets rappés : « Crooked Teeth », voire un mélange des deux : « Break The Fall » avec ses « oh ! oh ! », emprunts à la pop-rock-rap : « American Dream », discours sirupeux et dans l’air du temps : « Periscope » et chœurs sucrés pour pas trop effrayer mamie, mais quand même un peu parce qu’on est un rebelle et qu’on a des tatouages à la mode…
Après plusieurs écoutes, on essaie de trouver des éléments capables de nous prouver que le metal est un genre rentre-dedans et contestataire. En vain. C’est mou, formaté, répétitif, à croire que ce sont les lecteurs des Inrocks qui sont visés, voire les enfants des lecteurs de Télérama. Même lorsque Papa Rocah tente de marcher sur les plates-bandes de Disturbed : « Traumatic », le soufflé retombe rapidement pour s’enliser dans un pont et un refrain qui sentent le marshmallow grillé au coin du feu. Dommage, parce que c’est intrinsèquement la meilleure chanson de l’album.
Croocked Teeth n’est pas un mauvais album, il manque juste de hargne, de révolte, d’épaisseur et d’inventivité. Tout y est si calculé, si calibré, que cela en devient réellement suspect alors que le groupe avait toutes les raisons de se lâcher. Ben oui, mais faut pas trop déranger dans les petites maisons alignées comme des Lego, même si on tourne une vidéo dans des toilettes...