Herbie Hancock – Crossings – (1972)
On connaît l’influence majeure de Miles Davis sur le jeune Herbie, qui le rejoint dès mille neuf cent soixante-trois, incorporant de fait l’un des meilleurs quintets de tous les temps. En parallèle il se construit une discographie majuscule sur Blue Note. Vers la fin des années soixante, c’est sur l’insistance de Miles Davis qu’il se met au Fender Rhodes, pour entrer, lui aussi, dans cette nouvelle musique qui pointe. Bien que viré officiellement de l’orchestre de Miles, il participe aux fondateurs « In a Silent Way », « A Tribute to Jack Johnson » et « On the corner ». Merci Miles.
Après « Mwandishi » voici donc le second volet de cette trilogie. A dire vrai, sa beauté essentielle n’apparaîtra curieusement que plus tard, à l’heure des bilans, on consacrera plutôt « Headhunters », facile d’accès et funky qui plaira davantage aux marchands. Ainsi ce second épisode, « Crossings », se verra qualifié d’expérimental et connaîtra une carrière commerciale assez terne, pour un Hancock qui en veut davantage.
Le temps fera son travail et remettra de l’ordre car, on le sait, il y a des ingrédients qui se vendent et se digèrent mieux, la beauté cachée met parfois du temps à se révéler et à se diffuser. « Crossing » par exemple brille de nouvelles couleurs par rapport au précédent, le sextet est bien là au complet, mais Herbie ajoute une nouvelle corde à son arc, le melotron que l’on entend lors de l’introduction de « Water Torture », dernière pièce de l’album et merveille inoubliable.
Il faut compter également avec un invité au rôle considérable, Patrick Gleason qui joue du Moog Synthétiseur et participe grandement au renouvellement sonore, en apportant une nouvelle dimension, que l’on pourrait qualifier de « spatiale ». Cette fois-ci c’est le premier titre « Sleeping Giant » qui est considérable, près de vingt-cinq minutes qui dépassent en dimension la musique gravée sur l’estimable « Mwandishi ».
L’album est en effet plus exploratoire et va encore plus loin que son prédécesseur, et pas seulement pour sa première face gargantuesque, mais davantage encore pour sa seconde assez fabuleuse, avec le mystérieux « Quasar » et le génial « Water Torture » de quatorze minutes, qui donne encore à entendre, il suffit d’y diriger l’oreille pour en être convaincu.
Mais le pire, c’est qu’il s’agit d’une trilogie, il reste donc un dernier élément à insérer, pour que tout fonctionne…