John Coltrane – Dakar – (1957)
Je viens à peine de prétendre que « Coltrane » est le premier album sur Prestige, qu’il faudrait me dédire aussitôt avec « Dakar », dont la session d’enregistrement date du vingt avril cinquante-sept, alors que celle de « Coltrane » date du trente et un mai ! C’est que les choses ne sont pas si simples et que, dès qu’il faut plonger dans les détails, tout change et devient flou…
Il faut dire que Coltrane a effectué vingt-cinq sessions au minimum pendant la durée de sa présence sur le label, et qu’un nombre assez limité d’albums est effectivement paru pendant cette courte période. Ainsi, « Dakar » n’est paru qu’en l’année soixante-trois, alors que Coltrane était au zénith, passé par « Atlantic » et sous contrat avec « Impulse ».
Il faut également ajouter qu’il n’était pas leader sur l’album, il ne joue d’ailleurs pas davantage que Cecil Payne ou Pepper Adams, les deux jouant du sax baryton. Les spécialistes estiment que c’est Teddy Charles, auteur de trois pièces et superviseur de l’organisation de la session, qui en est le personnage central et le responsable. Par ailleurs, pour être complet, Mal Waldron est au piano, Doug Watkins à la contrebasse et Art Taylor à la batterie, et c’est Van Gelder qui produit.
Tout ce mic-mac n’empêche pas l’album d’être tout à fait plaisant, particulièrement pour les amateurs de baryton qui s’y retrouveront, mais aussi ceux qui apprécient Mal Waldron, déjà excellent sur « Coltrane ». Le saxophoniste ténor est lui-même très à l’aise et se montre convainquant dans son rôle de sideman, apportant la sûreté de son énorme flux ainsi que sa technique hors-norme.
Stylistiquement c’est un album parfait de hard bop tel qu’il se jouait alors, on prête à Teddy Charles le désir d’organiser la rencontre des deux barytons, l’ancien, Cecil Payne, et le jeune, Pepper Adams, l’étoile montante de l’instrument. Coltrane est considéré alors comme l’espoir surdoué du jazz, tous stylistes confondus, quant à Mal, c’est déjà un sage qui a bien bourlingué…
Il n’y a qu’une seule ballade, « Velvet Scene » de Mal Waldron, bien agréable, mais qui ne dénature pas le côté hard bop de l’album, assez en pointe, en cette année cinquante-six. Un album très honorable, avec son lot d’originalité, bien dans son époque.