C’est le printemps et comme une providence, voilà un nouveau Requin Chagrin. Après des semaines et des mois de pluie et de morosité ; ce disque attendu nous apporte des étincelles, du bleu, de la félicité, une vraie éclaircie.
Marion Brunetto, alias Requin Chagrin, sort son quatrième album et j’ai un coup de cœur constant pour sa musique que je tente d’expliciter ici. À chaque sortie, RC tourne en boucle chez moi, c’est le cas de Décollage, sorti fin mars, avant le concert du 6 mai à la Gaité lyrique.
Leur dernière date à laquelle j’ai assisté, c’était en open de Biolay devant son public peu réceptif et celle de la découverte, il y a sept ans, dans le club de la Carène, avec le regret d’être parti sans le 1er album aujourd’hui quasi introuvable (LP vendu jusqu’à 500e sur discogs et les deux autres qui ne connaissent pas de réédition montent aujourd’hui aussi à trois chiffres). Signe d’un groupe culte. Oui, Requin Chagrin a tout pour le devenir : complètement dans son époque et pourtant si 90s voire de plus en plus 80s. Sa musique est très solaire, des guitares noise du premier disque aux boucles new wave plus récentes, RC creuse un sillon dreampop unique en France.
S’il fallait tout de même la situer dans le paysage actuel, Requin Chagrin est quelque part entre la vague powerpop héritée des Calamités ou Louise Féron (Alvilda, Cœur à l’index, Bad Bad Bird, Roberta Lips) et une pop lo-fi chantée en français (Pomme, Louïse Papier). Comme ces dernières, Marion B écrit et compose tout. Encore plus fort, elle fait tout : chant, guitares, batterie, claviers, basse, chœurs, prod ; et ce depuis le début du groupe. Ce qui la rapproche de tous ces noms, c’est aussi le fait de s’efforcer à écrire ses textes dans sa langue. En faisant la part belle aux sentiments, toujours la tête dans les nuages ou le regard vers la mer.
Décollage poursuit une discographie sans album de la maturité et tant mieux ! Des textes sortis d’un journal intime qui ne transigent pas – seuls le je et le tu sont utilisés – et rythmes addictifs, Requin Chagrin ne se révolutionne pas mais renouvelle ses charmes dans un disque homogène : bon du début à la fin. On peut toutefois reprocher une écriture qui tourne trop en rond et s’éloigne de l’onirisme de Sémaphore, poursuivant trop le vocabulaire catchy de Bye bye baby.
Dans ce nouvel album, un titre – Lucky Star – avec Sade Sanchez de LA Witch. Pas étonnant de s’associer à la chanteuse d’un groupe garage proche des Black Angels pour accoucher d’un super titre, comme un Tess Parks pop. On peut faire le pont avec l’album éponyme de Requin Chargin, sorti il y a dix ans déjà, sorte d’hommage au college rock et au surf rock (Dinosaur Jr, MGMT, Allah-Las). Un son moins présent aujourd’hui mais qu’on retrouve dans l’énergie live de Marion et sa bande, bientôt sur scène partout on l’espère !
Si le soleil est là, mettez-vous Décollage, la bonne humeur suivra. Si non, mettez-le quand même et tout arrivera.