Hamid Drake – Dedications (2022)
Voici un nouvel épisode des « Black Cross Solo Sessions », ici c’est l’épisode six avec le batteur percussionniste Hamid Drake pendant l’effort solitaire. C’est la première fois qu’il se prête à cet exercice, mais chacun connaît l’expérience de cette légende de l’instrument, très à même de nous passionner dans cet exercice auquel, en définitive, peu se sont livrés.
Hamid se fixe un cadre personnel pour effectuer sa tâche au mieux, il s’entoure virtuellement de ses compagnons de jeux, ses alter égo, il décide en effet de consacrer cet album à ses amis musiciens, ceux avec qui il a partagé tant de moments de grâce. Neuf pièces sont ainsi enregistrées et dédicacées aux gloires rencontrées. Il semble se prendre au jeu car le Cd est plein à raz-bord, aux environs de soixante-dix minutes.
Pae exemple la première pièce se nomme « Dedicated to Die Like A Dog », en hommage à la formation du même nom à laquelle il a participé. Inexplicablement je ne vous en ai pas parlé, ce qui devrait être réparé, car c’est un groupe hors norme tout à fait phénoménal, avec, outre Hamid Drake, Peter Brötzmann himself, William Parker et Toshinori Kondo, une formation majeure qui trima entre quatre-vingt-dix-huit et deux mille deux.
Les autres dédicaces concernent Adam Rudolph, Don et Moki Cherry, Milford Graves, Paul Lovens, Big Black qui est un autre percussionniste, Fred Anderson associé à la beauté et à la diversité de Chicago, Lex Hixon et Shaykha que je ne connais pas et Lenn keller, Brenda Jones et Calvin Gantt, tous les trois associés que je ne connais pas non plus.
Ce qui est véritablement stupéfiant sur cet album c’est la couleur qui habite chaque pièce, tellement différente et distinctive par rapport aux autres, ce sont des compos à la fois originales et tournées vers l’objet de la dédicace, une façon personnelle d’évoquer ses amis musiciens, une période de sa vie, où la chaleur d’un lieu.
Ainsi, bien que l’exercice soit difficile et périlleux, car l’instrument peut sembler austère, on ne s’ennuie jamais et même on y trouve, outre la passion et l’habileté technique, beaucoup de variété et de sensibilité, c’est une âme qui est en marche ici, encore plus passionnante si on est un peu initié aux musiciens à qui il est rendu hommage, car des liens se tissent et Hamid est, en fait, en conversation avec ses amis.
Une nouvelle fois un bel album, tant la musique que l’objet lui-même, présenté par « Corbett vs. Dempsey ».