Muriel Grossmann – Devotion – (2023)
Cet album a attiré mon attention par son format, un double Cd, sa longue durée pourrait être corrélée à la nécessité d’une retransmission de concert, c’est à quoi on pense en premier, enfin… ceux de ma génération.
Pourtant non, l’affaire se passe en studio, mais on comprend vite le « pourquoi » de cet emballement, dès l’écoute de la première pièce « Absolute Truth » qui fonctionne comme un titre « live ». En effet l’album démarre sur un groove plutôt rock, avec une rythmique carrée et basique, en avançant droit devant.
L’effet se poursuit lors des solos qui n’en finissent pas, assez vite fait pour Muriel et le toujours excellent Radomir Milojkovic à la guitare slide, puis en longueur « toute », pour Abel Boquera à l’orgue qui se déchaîne sur son Hammond B-3, c’est le petit nouveau de la formation, retour de Muriel pour quelques notes de flûte et de ténor, dialoguant avec elle-même, la pièce semble ne pas vouloir finir avec ses vingt-deux minutes…
On continue avec « Calm » qui, on ne sait trop pourquoi, laisse à penser que l’ambiance « live » se perpétue dans ce studio, sans doute une manière décontractée de faire et d’être, un sentiment de laisser couler, de suivre au fil de l’eau, sans pression ni tension, juste le plaisir de jouer en ouvrant les chakras… Radomir se régale et s’en va batifoler gracieusement en développant une sorte de blues auquel répond l’orgue Hammond, est-ce l’arrivée de ce dernier instrument qui provoque un tel relâchement ?
Décidément tout se passe très vite sur cet album et nous voilà déjà à la fin de cette première partie avec « Care » qui file avec son rythme mid tempo, pulsé par Uros Stamenkovic à la batterie qui assure à son poste, soutenant d’un groove plutôt funky l’essentiel de l’édifice, les nappes d’orgue tapissent en fond, en attendant que le ténor de Muriel balance tranquille.
A ce stade il semblerait que les références continuelles à la musique coltranienne soient oubliées et que naisse une musique autre, simple, mais vitale et essentielle. Le Cd deux comprend quatre pièces, la première, « Knowledge & Wisdom » se nourrit non seulement au jazz mais également à la musique indienne avec Muriel qui utilise le sax soprano et la flûte.
Rien de surprenant de la part de la baba cool d’Ibiza qui plonge dans la musique psychédélique, en espérant y découvrir connaissance et sagesse. La pièce est bien réussie et réunit les éléments attendus de façon agréable, avec un joli travail au soprano, instrument qu’elle maîtrise depuis fort longtemps déjà, elle y joue également du tamboura et des drones.
« All Heart » qui arrive envoie bien, tout s’accélère ici et la virtuosité nécessaire puise dans le savoir-faire du toujours excellent Radomir Milojkovic à la gratte, qui envoie les notes à la pelle, énergisant la sauce qui, jusqu’alors s’est déversée sans que les corps ne s’agitent trop, au rythme de la petite fumée… Les solos de l’Hammond B3 puis de l’alto de Muriel nourrissent également la pièce.
Puis le morceau titre, « dévotion » arrive sur un air étonnamment martial, avant que de se transformer en un glissement vers le blues, bien emmené par la guitare slide, ainsi remonte l’esprit du « Delta ». La dernière pièce « Mother Of All » sera donc conclusive, elle est fort réussie et termine de belle façon ce long album qui frôle la centaine de minutes.