D'un seul coup, l'archet tranche l'air comme un coup de tonnerre et le silence se fait : vous n'avez plus le choix, vous devez écouter ce violon virtuose qui vient d'entrer en scène et s'envoler. Il se trémousse, fait quelques pirouettes dans les airs, mais vous ne comprenez pas. Vous ne comprenez pas, mais quelque chose est séduisant : une sorte de sécheresse mystérieuse, peut-être ? Qu'importe : le violon vient de vous hypnotiser et vous ne pouvez plus rien faire.


Lorsque vous vous en rendez compte, l'instrument s'est arrêté de chanter. La basse continue entonne quelques notes. Bim. Bam. Bibabim. Bam. Et là, avec une élégance si surprenante qu'elle semblerait irréelle, un thème innocent et léger vient vous caresser les oreilles. Comme beaucoup de choses géniales, vous ne vous rendez pas encore compte de ce que vous venez d'entendre. Cette petite chose se fait alors violer à la baroque : on l'accélère, on l'arpège, on le ralentit, on le crisse et on le trille. Ce ne sera pourtant qu'à la fin du cycle que vous n'envisagerez tout le potentiel de ce thème : Biber a inventé sa "Follia" à lui. Une mélodie dont l'élégance même la rend mélancolique.


Le chemin n'est point fini, Monsieur. Ce que vous écoutez ici n'est pas une simple sonate. Ce monument est la Passion Selon Saint-Matthieu interprété au violon. C'est l'expressivité d'une chorale gigantesque contenue dans un simple instrument. Lorsqu'on les écoute attentivement, chaque sonate semble un monde entier à lui seul avec ses personnages, ses péripéties et ses couleurs. Biber use de tous les stratagèmes pour donner la vie à ces pièces : il désaccorde son instrument, use d'effets stylistiques osés, désarçonne l'auditeur en changeant d'ambiance et de rythme, passant soudainement d'un moment grave appuyé par de longs crissement de corde à une danse entraînante avec variations.


Et si, par quelques hasards vous ressortez vivant de ce périple au cœur de l'aridité cordiale et expressive d'un violon à peine accompagné de sa basse continue, la terrible Passacaglia vous attend. A écouter seul, dans le noir le plus complet, recroquevillé dans un coin :


https://www.youtube.com/watch?v=SGLr8NjUD-s

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le 27 avr. 2015

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