Tricky est à l'instar de l'écorché de Ligier-Richier : Different when it's silent est décharné, sec, les nerfs à fleur de peau et le coeur à vif. Les compositions sont minimalistes et puisent dans des géographies et des temporalités qui ont leur secret (l'orientalisant radana, le carillon de piano, le quasi médiéval marinade ou le delta-blues frontier town). Et c'est à partir de ces références intimes qu'opère l'alchimiste par la magie du trip hop, l'art du collage entre sample / instrumentaux finement ciselés. Tout cela offre un écrin pour des voix qui s'entremêlent : préciosité quasi féminine du jeune dernier d'un côté (un certain Mitch Sanders parait-il) , gutturalité du maître d'oeuvre de l'autre, soit un mariage non pas de raison mais de tension. L'ensemble prend ainsi l'auditeur à bras le corps entre lévitation et nervosité ; sensualité et réalisme (que l'on jette une oreille sur cannon fodder qui plonge dans un liquide amnotique avant que deux slide de guitare bien épineuse ne vienne vous titiller).
L'ensemble est à l'image de ce que l'on serait en droit d'attendre de tout artiste : la maîtrise de son art dans la pudeur de ses sentiments.
Une épure merveille en quelque sorte...