Greg Foat & Gigi Masin – Dolphin (2023)
On ne peut pas parler de jazz ici ou alors assez peu, bien que des musiciens de jazz soient à l’œuvre sur ces pistes. Nous sommes plutôt dans l’ambiant, cette musique parfois sans saveur, mais relaxante, qui meuble l’espace et fonctionne en toile de fond sans qu’il soit utile de l’écouter. Mais si par hasard on la fixe et s’y attarde, elle fait du bien et réconforte sans jamais vous heurter, elle penche côté sécurité, inexorablement, contraire au jazz qui affronte bien souvent tous les dangers.
Gigi Masin est italien, il joue des synthés et met en œuvre la programmation, Greg Foat a été formé à l’école jazz, c’est un britannique, il joue du grand piano, du Rhodes, du vibraphone, du synthé et souffle avec habileté dans les bouteilles pour en extraire de jolis sons.
Là où ça s’épaissit un peu c’est avec les invités, il y a Tom Herbert qui joue de la basse électrique accompagné de Moses Boyd qui joue de la batterie sur trois titres, du coup le jazz qui était sorti par la porte revient par la fenêtre, mais attention, c’est du soft-cool jazz-mou-mou. Il y a également un flûtiste/clarinettiste, Siobhan Cosgrove qui intervient sur deux pièces.
Côté compos mis à part deux titres signés par le seul Greg, les autres sont à mettre au crédit du duo. Cette affaire-là passe assez vite puisqu’on glisse d’une plage à l’autre sans s’en rendre compte ni même y faire trop attention. C’est une musique utile et compatible avec un tas d’activités annexes, il ne faut pas s’en priver car vous pourriez, sans y prendre garde, tomber dans l’ennui en voulant trop vous concentrer sur ce flux parfois inconsistant, sucré et gélatineux.
Vous êtes à l’école d’Eno, et oui et oui, parmi les suiveurs tous ne sont pas au niveau du génie qu’il a atteint parfois. Cet album fait donc parti des dispensables, ceux que l’on dépose dans un coin pour une durée indéterminée, on ne sait jamais, on peut le ressortir, pour des affaires exceptionnelles qui demandent une certaine relaxation, se vider la tête et laisser parler les corps, ou bien pour se vider l’esprit et faire place à une sorte de vide, un décrassage de la boîte crânienne, histoire d’appuyer sur le bouton « off ».
C’est sûr, il y a une musique pour tout…