Graham Collier Sextet – Down Another Road – (1969)


Il en est du jazz britannique comme du jazz européen, il lui faudra un peu de temps pour voler de ses propres ailes, et c’est bien normal. En ces années soixante, Graham Collier peut être affublé du terme de précurseur, attaché qu’il était à conserver cette identité spécifique de musicien européen, tout en regardant le modèle américain.


Cet enregistrement fait partie de ses premiers, après « Deep Dark Blue Centre » de soixante-sept, me semble-t-il… Son prédécesseur était interprété par un septet, celui-ci, plutôt formidable, est à mettre sur le compte d’un sextet. Graham est le compositeur de cinq titres, « Lullaby for a Lonely Child » est le seul à échapper à la voix de son maître, signé par Karl Jenkins, qui brilla également au sein de Nucleus et de Soft Machine.


Ce dernier joue du piano et également du hautbois, Harry Beckett joue du bugle, Stan Sulzmann des saxos ténor et alto, Nick Evans du trombone et John Marshall de la batterie, Graham tient également la contrebasse et dirige l’ensemble avec une maestria dont seuls disposent les plus grands, comme Gil Evans, Charles Mingus ou George Russell, il est de cette trempe-là.


Ses talents d’arrangeur sont exceptionnels et sa capacité d’organisation assez unique, il n’a pas son pareil pour modeler un cadre, le changer ou le faire évoluer à sa volonté, quasiment en quelques secondes, même si l’opération paraît casse-gueule, avec lui, ça passe ! Chacun des musiciens de son orchestre est un expert, car il faut de grands talents pour faire de grandes choses.


Pour la petite histoire ce disque en version originale coûte une blinde car il s’en vendit alors très peu, si vous en possédez un exemplaire, prenez-en grand soin. Tout est bon ici, mais il y a une pièce fameuse qui brille et par sa flamboyance et sa durée, « Danish Blues » qui arrive en second, après « Down Another Road ». Elle est remarquable pour la brillance de ses solistes, tous mis en excellente disposition par le sorcier Graham qui sait y faire…


Certes à la même époque miles Davis inventait une musique nouvelle, avec « In a Silent Way » et l’ombre de « Bitches Brew », ici nous n’y sommes pas, pourtant on sent une légère influence rock dans les arrangements, mais surtout ce qui s’entend ici est d’une incroyable maturité et d’une très grande précision.

xeres
10
Écrit par

Créée

le 24 juin 2025

Critique lue 4 fois

xeres

Écrit par

Critique lue 4 fois

Du même critique

Lanquidity

Lanquidity

10

xeres

2137 critiques

Un voyage dans le "Space-Jazz-Rock"...

Plus que tout autre, Sun Ra est une bibliothèque, il a parcouru, lu et écrit l'histoire du jazz, de l’intérieur, il a vécu les évolutions et participé aux révolutions. Membre actif de cette longue...

le 28 févr. 2016

Bitches Brew

Bitches Brew

10

xeres

2137 critiques

Critique de Bitches Brew par xeres

Ce qui frappe en premier lieu, c’est la beauté de la pochette créée par Mati Klarwein. On la devine symbolique, plus particulièrement quand elle s’offre déployée, pochette gatefold ouverte. On...

le 5 mars 2016

Both Directions at Once: The Lost Album

Both Directions at Once: The Lost Album

10

xeres

2137 critiques

Critique de Both Directions at Once: The Lost Album par xeres

« Il » est arrivé ce matin, bien protégé, sous cellophane, belle pochette avec deux triangles découpés laissant apercevoir la sous-pochette… Le vinyle avec le prestigieux macaron « Impulse »,...

le 2 juil. 2018