Sortie en 1984 sur l’album Heartbeat City, Drive est devenue le plus grand succès international de The Cars. Le morceau se distingue dans leur discographie par son tempo lent, son atmosphère introspective et surtout par l’interprétation de Benjamin Orr, dont la voix donne au texte une profondeur émotionnelle inhabituelle. Là où le groupe est souvent associé à une esthétique New Wave nerveuse, Drive propose au contraire une forme de retenue, presque suspendue.
La chanson repose sur une structure simple et très lisible : trois strophes construites sur une série de huit questions obsessionnelles, entrecoupées d’un refrain invariant. Cette mécanique hypnotique installe une tension croissante où l’espoir d’être compris s’efface inéluctablement. Chaque strophe pousse un peu plus loin la vulnérabilité du sujet, passant de l’absence d'attention ("Who’s gonna pay attention to your dreams?") au secours pur face à l’effondrement physique et moral ("Who’s gonna catch you when you fall / ...when you break?").
Au milieu de ces interrogations qui restent sans réponse, le refrain introduit une rupture de ton chirurgicale. Il agit comme un point fixe, un rappel à la réalité qui revient inlassablement. Ce n’est plus une question, mais une affirmation, une injonction de la lucidité qui impose la fin du déni : "You can’t go on thinking nothing’s wrong". La question finale — "Who’s gonna drive you home tonight?" — ramène alors brutalement au concret, tout en ouvrant sur un gouffre universel.
Drive frappe par sa simplicité apparente et la précision de son effet. En répétant une même structure de questions, la chanson construit une montée progressive vers une forme de vérité difficile : l’absence de l’autre au moment où il devient indispensable. Ce n'est pas seulement l'action de « rentrer chez soi » qui est décrite, c'est l'instant précis où les lumières de la fête s'éteignent. La chanson saisit ce moment de bascule où les masques tombent, et où l’on comprend qu’on ne peut plus se cacher — ni derrière les autres, ni derrière soi-même.