The Don Ellis Orchestra – Electric Bath – (1967)
Don Ellis est le chef d’orchestre d’un Big Band, également arrangeur et trompettiste. Il propose avec cet album une musique dite « blanche », assez hors norme et décalée pour l’époque. Particulièrement la complexité des arrangements qui n’excluaient pas une certaine emphase ou une ouverture vers les musiques typées exotiques. Ainsi les rythmes pouvaient alors sembler fantaisistes bien que flamboyants, et les colorations bizarres et originales, alors certains le qualifiaient à la limite du bon goût, mais chacun jugera…
Car il y a de la qualité, et la norme de la fin des années soixante était déjà bien ébréchée et remise en cause par les plus modernistes. On trouve dans cette musique un peu de tout, des folklores imaginés ou recréés, des rythmes afro ou caribéens derrière des airs aux origines exotiques peu claires, des mixages osés ou stupéfiants. Bref un grand barnum qui respire la liberté débridée au service d’une certaine complexité, mais dans un cadre tenu et, malgré tout, classique et plutôt normé.
C’est un des tous premiers albums de Don Ellis, et son premier en studio. L’édition Cd que je possède contient deux titres bonus, en plus des cinq qui constituent l’édition originale. Il y a vraiment du monde, cinq trompettistes, trois trombonistes, cinq joueurs aux différentes anches et flûtes. Mike Lang aux claviers, trois bassistes dont un qui joue également du sitar, Steve Bohannon à la batterie, et trois percussionnistes. Ainsi on dépasse la vingtaine de musiciens pour un rendu sonore épatant !
L’album a été plutôt bien reçu en fait, précisément pour son audace qui était perçue assez souvent sous un angle humoristique, ce qui autorisait beaucoup. Ainsi la première pièce, souvent citée comme étant la plus remarquable, « Indian Lady », avec ses fausses fins et ses redémarrages, son exotisme et sa course folle, marque sa différence, Don Ellis y joue d’une trompette électrique, ce qui était inusité à l’époque et donne un effet peu banal, même aujourd’hui.
Les autres pièces sont également intéressantes et appuient sur les points forts déjà décrits, on remarque « Turkish Bath » et le phénoménal « New Horizon », ainsi que « Alone » la chouette seconde pièce et « Open Beauty ».
L’album évidemment a subi les outrages du temps, puisque ce qui fit sa notoriété fut alors sa modernité et son audace, qui, évidemment n’apparaissent plus lors de l’écoute d’aujourd’hui. Mais restent quelques thèmes, de beaux arrangements et le côté un peu décalé qui résiste encore un peu. Il a été nominé aux Grammy Awards en soixante-huit et a remporté le titre de l’« Album de l'année » dans le sondage annuel des lecteurs de Down Beat.