Une batterie en or pour un canyon en chrome

Chuck Norris, Luna Park, Science-Fiction, Sega, néons, 80’s, Outrun, Carpenter,… Si vous êtes dans la même tranche d’âge que moi et qu’une partie de votre jeunesse, même infime, fut passée devant un écran, quel qu’il fut, le lien entre tous ces éléments ne vous aura pas échappé : Une musique un peu kitch, chargée en synthétiseurs, habillant un univers tout aussi kitch, situé parfois, à l’époque, dans un futur antérieur à notre présent actuel, c’est dire !


Si cette ambiance vous manque, il ne faudra pas longtemps pour que vos pérégrinations sur la toile vous fassent découvrir des milliers de ces morceaux dont l’écoute vous donnera instantanément l’envie d’enfiler votre jeans taille haute déchiré aux genoux et vos baskets fluorescentes pour sauter (par-dessus la porte) derrière le volant de votre décapotable rouge et faire défiler les palmiers de Los Angeles, cheveux (blonds) au vent. Vous chevaucherez Falcor à la recherche de la tour d’ivoire. Vous vous méfierez des tueurs et des monstres en pâte à modeler cachés dans les ruelles sombres de New York jonchées de vieux cartons et où quelques déchets et journaux volent au vent, sous un néon clignotant. Vos coups de poing passeront à 50 cm de la tête de vos nombreux ennemis mais les enverront valser avec le bruit d’une pastèque qu’on aurait jetée du dixième étage. Vous rejoindrez des bastions rebelles dans des villes sous-terraines clandestines et crasseuses, armé de votre pistolet laser.


J’en passe, et des meilleures. Vous avez vu ces films. Vous avez joué à ces jeux. Mais si la nostalgie emporte ma plume, calmons toutefois les ardeurs. Il y a un « mais »!


Généralement, l’effet flash-back, tout aussi jouissif qu’il puisse être, s’estompe rapidement. Alors, il ne reste plus que la musique. Des leads de synthétiseurs que l’on n’oserait plus utiliser aujourd’hui tant on en a abusé. Des mélodies simplistes. Des effets sonores façon Starfighter… Et une rythmique plate et monotone, élément pauvre de la discipline. Une rythmique plate et monotone, je le répète. C’est important.


Elemental, mon cher Watson!


Parce que la différence est là. La batterie ! Pas une boîte à rythme, non. Une batterie ! Peut-être électronique, mais avec un vrai monsieur (ou une madame) armé de baguettes, qui tape dessus (du moins en live, et pensée comme telle en studio). Et là, ça prend une toute autre dimension. Et c’est pour ça que j’avais envie de vous présenter l’album Elemental Themes de Chrome Canyon (Stonesthrow Records, 2012). Plus vraiment une nouveauté donc, mais qui s’écoute comme telle, tant la batterie y donne au genre un second souffle et sublime les synthétiseurs maniés ici d’une main de maître par un Morgan Z dont je soupçonne une collections de VHS aussi complète que les patches de son Roland Juno.


On voyage. On a le côté rétro recherché mais qui évite l’obsolète. Et le plaisir tantôt éphémère ne l’est plus. Le support visuel n’est plus indispensable. On remet le disque. Beginning donne le ton. Vous voyez ce que je veux dire en parlant de batterie ? Branches. Epique à outrance mais dont les diverses séquences font mouche. A chaque écoute. Un morceau de clôture magistral dont la rythmique me rappelle les vieux Vangelis (Direct). C’est aérien, cheesy parfois (allez d’accord : très souvent ). Ca ne convaincra sans doute pas votre petit frère et le vinyle ne trouvera probablement pas sa place entre le Pink Floyd et le Yes de papa… Mais personnellement, j’y trouve mon compte, grâce à ce petit truc en plus qui fait que l’on puisse continuer, au 21e siècle, à aimer les synthés qu’on aime.


Allez, je vous laisse. Je vais triturer mon Nord Lead 2X. J’ai un vaisseau spatial à faire décoller.

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le 6 juil. 2016

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