Eric Dolphy – At The Five Spot Volume 2 – (1963)
Après avoir évoqué précédemment le premier volume, voici le second, tout aussi considérable, il précède le troisième volet, nommé le « Memorial Album », ultime étape d’une trilogie historique et remarquable. Mais peut-être possédez-vous le triple vinyle « The Great Concert Of Eric Dolphy » qui regroupe tout ça, paru en soixante-quatorze, pour ma part, j’en prends grand soin…
On retrouve le quintet magique avec Eric Dolphy à la flûte et à la basse clarinette, Booker Little à la trompette, Mal Waldron au piano, Richard Davis à la basse et Eddie Blackwell à la batterie. Nous voici au fameux « Five Spots », le seize juillet mille neuf cent soixante et un, en compagnie de deux flamboyants, des lumières dans la nuit du jazz qui s’éteindront dans pas si longtemps, Booker Little trois mois plus tard, et Eric Dolphy en juin soixante-quatre… Ils nous laissent ici un témoignage incomparable.
Deux pièces seulement, « Agression » de Booker Little, seize minutes trente-quatre allumées, la trompette en feu et la clarinette basse de Dolphy qui grommelle, animée d’une tête chercheuse et perforante qui vous pénètre sournoisement… Mal Waldron qui balance toute sa classe en un solo entêtant, boosté par la basse de Richard Davis et le groove insistant d’Ed Blackwell qui pousse et envoie, encore et encore…
Je pourrais vous dire qu’on est au bord du chef d’œuvre, mais ce n’est encore pas bon, car, en fait, on est en plein dedans ! Tout y est, le cadre, ce club mythique, l’ambiance incandescente, les musiciens, cinq légendes au zénith…
La seconde pièce est un standard, « Like Someone in Love » qui frôle les vingt minutes, une ballade, Dolphy à la flûte qui ouvre avec Booker Little à droite et, au milieu, Richard Davis et son archet, dans le fond Ed attend, qui va bientôt agiter les cymbales…
En écoutant cette « bleuette » qui semble légère et gentillette, remontent tant de souvenirs et d’émotions liés, sur ce rythme badin et tranquille, chacun en solo, à la queue-leu-leu, chaque note est essentielle, gravée au bon endroit, pour la postérité, pour les mortels à venir et à s’y risquer, juste pour le partage. Pour ce qui me concerne, je dirais que les meilleures faces d’Eric Dophy sont ici, au Five Spot, bien mieux qu’« Out To lunch »...
Pour sûr…