Quel bonhomme ! Avec sa tête de clochard céleste, Aidan Moffat aura illuminé pendant une décennie les planches européennes auprès de son meilleur ennemi, Malcolm Middleton. Les deux ensemble ça s’appelait Arab Strap et c’était formidable. Une voix qui déraille sur des textes doux-amers, des compositions qui vont du lo-fi à l’électro-pop la plus léchée, c’était proprement unique. Mais alors que son compère enfile les albums comme des perles (superbes !) depuis le split de 2007, Moffat se montrait jusqu’alors plus discret, tant du point de vue de la productivité, que, il faut bien le dire, du talent. Everything’s Getting Older remet les choses à leur place : la réussite est totale.

Le dénommé Bill Wells, multi-intrumentiste autodidacte, fait de nouveau honneur à l’organe vocal de l’écossais. Majoritairement interprétées au piano, les compositions de Wells sont d’une sobriété et d’un classicisme salutaires. C’est à la fois beau, très simple, et en même temps assez lyrique. Il n’y a pas de secrets, on retrouve là la recette miracle de Middleton ; à ce détail près que ce dernier aime construire son petit orchestre et joue beaucoup sur les arrangements, quand Bill Wells opte pour une grande unité de ton.

D’une certaine manière, on a cette impression persistante, en écoutant Everything’s Getting Older , qu’Arab Strap renaît de ses cendres sous une autre forme, comme si l’animal avait été dépouillé de sa chair pour ne faire apparaître que les os, immaculés. Une sorte de remix minimaliste, une collection de reprises empreintes de respect et de distance.

A dire cela, on pourrait penser que le compositeur écossais n’a pas voulu trop remuer les fans du regretté binôme en se contentant de reprendre leur recette tant aimée. Mais non, c’est simplement que Moffat, quand il s’entoure des bons éléments, enceint la musique de ses comparses d’un halo tout particulier, empreint d’une nostalgie et d’une mélancolie peu communes. Comme pouvait le faire un Gainsbourg par exemple. La comparaison n’est d’ailleurs pas innocente : même tronche cabossée, même amour-haine des femmes, même amour des mots.

Francois-Corda
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le 17 sept. 2018

Modifiée

le 11 juin 2024

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François Lam

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