Kip Hanrahan - Exotica (1994)
Un musicien que j’ai suivi depuis son premier album, avec une certaine assiduité, celui-ci est son sixième et on y trouve ce que j’aime chez lui, un éventail de climats très particuliers dont lui seul possède la formule.
Kip Hanrahan est percussionniste, je vous en avais déjà parlé en page 42 à propos d’un merveilleux E.P. « A Few Short Notes for the End Run », où déjà on entendait Jack Bruce qui est un collaborateur régulier de Kip, tant en tant que bassiste qu’en tant que chanteur, et comme je suis assez fan du bassiste, tout baigne !
Il y a un autre géant ici, Don Pullen, pianiste extraordinaire et hors normes, il joue de l’orgue également, l’un des seuls que l’on puisse comparer à Cecil Taylor, encore sous-estimé en France il est mieux reconnu en Italie où il se sent comme chez lui. Ceci dit avec Kip c’est plutôt le climat de New-York qui transpire, celui des minorités, ça jazz, ça funk, ça respire musique cubaine et rythmes latinos, les percus sont toutes à la fête ici, ça jubile, c’est bon et ça fait du bien !
D’ailleurs il y a aussi David Sanchez et Mario Riviera aux saxophones, le premier au ténor et le second à l’alto, ajoutez le violon d’Alfredo Triff, la guitare de Leo Nocentelli et la batterie de Robby Ameen et des invités qui s’ajoutent encore et encore et, c’est certain, ça groove méchamment, mode tape du pied et balance le haut du corps sur le bouton « on » ! Il faut dire que la section des percussions s’épaissit à l’occasion avec Ralph Peterson Jr, Anthony Carillo, Richie Flores et Milton Cardona !
Nous avons un album chaud mais atypique. Sans doute parce qu’il a fait des études d’architecture Kip Hanrahan bâtit des édifices très personnels et ne s’inspire pas des folklores, il regarde côté fenêtre et jazz, et joue des rythmes, il regarde côté jardin et devient poète avec la voix de Jack qui touche et émeut, il voit aussi côté rue, la musique populaire qui fait danser la jeunesse et éclater la joie et les rires…
C’est un peu tout cela cet album, il regarde dans plusieurs directions, et vire carrément romantique sur « As in the Red Morning » juste avant que n’arrive « The Last Song on the Album »…