À sa sortie en 1985, Explorers passa quelque peu inaperçu face aux mastodontes du cinéma familial de l'époque. Pourtant, ce récit imaginé par Joe Dante, dans lequel trois adolescents construisent un vaisseau spatial avant d'entrer en contact avec des extraterrestres, possède aujourd'hui le charme irrésistible de ces aventures qui ont marqué toute une génération. Sans bénéficier de la notoriété d'E.T. ou des Goonies, le film conserve une place particulière dans le cœur de nombreux spectateurs.
Jerry Goldsmith, alors au sommet de son inspiration, retrouve Joe Dante pour leur troisième collaboration. Fidèle à l'esprit du film, il compose une musique où l'émerveillement, l'humour, l'aventure et une certaine mélancolie cohabitent avec un naturel désarmant.
Le cœur de la partition réside dans un thème principal absolument exceptionnel. Introduit dans The Construction, il s'agit sans doute de l'une des plus belles mélodies d'aventure écrites par Goldsmith au cours des années 1980. Quelques notes de piano suffisent à lancer un mouvement irrésistible, bientôt rejoint par les cordes puis par l'ensemble de l'orchestre dans une montée en puissance d'une générosité extraordinaire. Ce morceau possède toutes les qualités des grandes pages symphoniques du cinéma d'aventure, et il est étonnant qu'il ne soit pas aujourd'hui aussi célèbre que les thèmes les plus emblématiques de cette période.
Le choix d'ouvrir l'album original avec The Construction, bien que le morceau n'apparaisse qu'au milieu du film, s'imposait comme une évidence. Non seulement il constitue un formidable condensé de la partition, mais il contient également la plupart des idées musicales que Goldsmith développera ensuite sous différentes formes.
C'est là tout le génie du compositeur. À partir d'un même matériau, il façonne plusieurs thèmes aux personnalités très différentes. Certains fragments deviennent une délicate mélodie empreinte de nostalgie, magnifiquement illustrée dans I Want to Live. D'autres alimentent les séquences d'action ou viennent simplement souligner les liens d'amitié entre les jeunes héros. Cette remarquable unité d'écriture donne à l'ensemble une cohérence rarement atteinte.
Comme souvent chez Goldsmith durant cette période, les synthétiseurs occupent également une place importante. Loin de concurrencer l'orchestre, ils viennent enrichir sa palette sonore en apportant une dimension presque irréelle aux scènes les plus oniriques. Les passages les plus électroniques, davantage développés dans les éditions intégrales que sur l'album d'origine, participent pleinement à cette atmosphère de rêve.
Le compositeur s'autorise même quelques fantaisies musicales particulièrement réjouissantes. Les extraterrestres héritent ainsi d'un étonnant mélange de synthétiseurs et de rock qui pourrait sembler incongru sur le papier, mais qui fonctionne parfaitement grâce au sens du second degré de Goldsmith. Impossible de ne pas sourire devant cette écriture aussi amusante qu'attachante.
L'émotion reste toutefois le véritable moteur de la partition. Sticks and Stones en constitue probablement la plus belle démonstration. Rarement Goldsmith aura exprimé avec autant de simplicité le sentiment d'émerveillement propre à l'enfance. Toute la musique semble baignée d'une chaleur humaine qui ne la quitte pratiquement jamais.
Les passages d'action sont relativement peu nombreux, mais toujours parfaitement maîtrisés. Sans rechercher la démesure, Goldsmith construit des séquences dynamiques qui s'appuient presque systématiquement sur son magnifique thème principal, donnant ainsi à l'ensemble une unité remarquable.
Les différentes éditions publiées au fil des années permettent aujourd'hui de découvrir la partition dans son intégralité. Certes, quelques morceaux très courts ralentissent parfois légèrement le rythme de l'écoute, tandis que certaines expérimentations électroniques séduiront moins que les grandes envolées orchestrales. En contrepartie, cette version complète offre une vision beaucoup plus fidèle du travail accompli par le compositeur et met en lumière des facettes absentes du premier album.
La nouvelle édition publiée en 2026 constitue à cet égard une véritable bénédiction. En plus de restaurer l'album original dans d'excellentes conditions, elle ajoute de nombreux morceaux inédits qui permettent enfin d'apprécier pleinement toute la richesse de cette partition.
Explorers est bien plus qu'une excellente musique de film. C'est une véritable déclaration d'amour au cinéma d'aventure des années 1980, portée par une inspiration mélodique exceptionnelle. Jerry Goldsmith y retrouve ce mélange de générosité, de poésie et d'énergie qui a fait sa légende. Quant à The Construction, il mérite incontestablement de figurer parmi les plus grandes pages de toute sa carrière. Une partition lumineuse, profondément émouvante et, tout simplement, magique.