Hafez Modirzadeh With Kris Davis, Tyshawn Sorey, Craig Taborn – Facets – (2021)
Le compositeur et saxophoniste Hafez Modirzadeh, étatsunien d’origine iranienne, réunit pour cet album trois pianistes différents autour de dix-huit compositions de durées variables, s’échelonnant entre une minute et quarante-quatre secondes pour la plus courte et sept minutes et treize secondes pour la plus longue.
Bien que l’entièreté dépasse l’heure, la plupart sont souvent courtes et laissent une impression de brièveté. La pièce d’ouverture, « Facet Taborn » est un solo de piano improvisé par le fameux Craig Taborn qui joua souvent aux côtés de John Zorn. « Facet Sorey » qui arrive au huitième rang est improvisée par Tyshawn Torey, un autre géant du piano.
La troisième pianiste, la canadienne Kris Davis ne signe pas de titre sur cet album, essentiellement composé par Hafez Modirzadeh. On remarque cependant deux reprises de Monk, « Pannonica » et « Ask Me Now », ainsi qu’une pièce écrite autour d’une variation de Goldberg, « Facet 32 Black Pearl ».
Il faut noter également que les pianistes ne s’ajoutent pas, ainsi un seul piano est entendu sur chaque pièce, le saxophone s’affirme en duo sur dix pièces au total, ce qui fait que huit d’entre elles, sont des solos de piano uniquement.
Sans que je ne m’aventure trop, cette musique obéit à une théorie nouvelle énoncée par Hafez Modirzadeh, qui pourrait nous plonger vers la musique théorique expérimentale, cependant je ne suis pas en mesure de l’exposer de façon claire, aussi je me borne à l’écouter et à la ressentir, ce qui me semble suffisant. Après tout il m’arrive d’aimer des chants dont je ne comprends pas le premier mot…
Ici tout est calme et posé, et cette musique est plutôt familière, elle est même harmonieuse et, s’il y a des dissonances, rien qui ne puisse choquer l’équilibre des sons et remette en cause la beauté et la quiétude qu’elle véhicule. Pour moi elle se range sans doute dans les musiques innovantes, mais qui ne déstabilisent pas, loin des audaces de nombre d’albums free.
En fait ce sont les pianos qui sont préparés, l’accordage ayant obéi à de nouvelles règles, de la même façon, Hafez Modirzadeh lui-même s’applique des modifications dans l’embouchure de son sax et dans les doigtée utilisés, ce qui donne une grande sensation de fragilité et d’équilibre vacillant qui fonctionne à merveille.
En définitive un album extrêmement plaisant à écouter, Hafez Modirzadeh, qui a étudié la tradition musicale perse, essaie ici de la traduire avec les instruments de la musique occidentale, en les modifiant, sans doute est-ce là le charme nouveau qui se cache dans cette musique et qui nous touche…