Tony Oxley – February Papers (1977) - S/FJMt°
Cet album est sorti sur Incus, le label de free jazz anglais créé par Derek Bailey, Evan Parker et Tony Oxley en 1970. Il a été réédité très récemment, à l’été deux mille vingt, en Cd, supervisé par Tony Oxley lui-même. C’est du pur free jazz, totalement improvisé et très expérimental, à bien y réfléchir, on peut penser que la véritable « Anarchy In The UK », c’est là qu’elle se passait, insoumise, rebelle et indomptable.
Pourtant il y a beaucoup de sérénité ici. Tony Oxley est percussionniste, il a ajouté dans le traitement de ses percussions des effets électroniques, ce qui en fait un gars très en pointe pour l’époque, il joue trois morceaux en solo sur cet album et je crois bien que ce sont mes préférés. La présence de l’un de ses amis à l’ingénierie du son est à noter, Vangelis Papathanassiou qui n’est pas le dernier à s’intéresser à l’électro, en ces temps-là.
Deux morceaux sont joués en trio, Tony, Philipp Wachsmann au violon et Ian Brighton à la guitare électrique. Deux autres sont voués au quartet, Tony et Philipp, accompagnés par un autre violoniste, David Bourne et l’excellent Barry Guy à la basse.
Pour autant il n’est pas exagéré de dire que les instruments sont détournés de leur fonction habituelle, et que chacun offre une facette inconnue, un usage nouveau, très peu académique. Chacun suit un nouveau chemin entre les mains de ces iconoclastes, le violon devenant un instrument percussif, un objet crissant ou pointilliste, à la façon d’une baguette frappant un tambour. Tout est sujet de détournement et l’album est ainsi un vaste chantier.
Les pièces ne sont pas démesurément longues, sept sont enregistrées pour une durée totale d’une quarantaine de minutes et chacune possède son caractère, on pourrait même dire sa fonction, mais il n’y a pas de mélodie ici. Des bruits, des sons qui s’entrechoquent, parfois un tapis sonore avec le jeu de l’électro où des violons qui pleurent.
La rythmique est très déstructurée mais on sent la présence d’une grille, d’un chemin pour l’improvisation, peut-être des points de rendez-vous, des gestes ou des guides prédéfinis. Le désordre n’est qu’apparent et ces « February Papers » gardent encore toute leur fraîcheur, quelque part hors du temps qui passe, comme un point fixe dans l’espace…