Søren Kjærgaard, Ben Street, Andrew Cyrille – Femklang (2011)
Søren Kjærgaard est un pianiste danois, plutôt jeune, car il est né en soixante-dix-huit, à l’époque de l’enregistrement il était donc âgé de trente-trois ans. Ben Street, le bassiste, est américain, il a enregistré aux côtés d’Andrew Cyrille, mais aussi Sam Rivers, Tom Harrell, Billy Hart ou Kurt Rosenwinkel ainsi que sur des dizaines d’albums, en fait, c’est un musicien très recherché…
Andrew Cyrille n’est plus à présenter, il a fait le tour de tant de choses et est arrivé à une telle maturité qu’il faut parler de « sagesse », le concernant. La sagesse, pour un musicien tel que lui, serait de ne jouer que les notes essentielles, celles exigées par la situation à l’exclusion de toutes les autres qui ne seraient que parasites.
Ce que l’on conçoit si bien de la part d’un vétéran est étonnamment à l’œuvre ici, dans le jeu du plus jeune, et quelque chose de miraculeux se produit qui est perceptible à celui qui écoute et se concentre. Point de mélodie, de thème ou de faribole, il ne se passe en fait rien qui ne soit essentiel, du minimalisme avec une petite dose de musique répétitive, de temps à autres.
Elles tombent comme des gouttes de pluie, les notes du piano, elles descendent et font résonner le silence avec une évidence folle, chacune est à sa place et n’aurait pu être interchangeable. Les sons s’imbriquent logiquement en un ordre juste, et pourtant incroyable.
Chaque pièce est à sa place dans cette suite de neuf séquences tellement étonnantes, chacune répond à une façon d’ordonner les sons, pour que la beauté naisse, en même temps que la sérénité, comme narguant le désordre des choses en traçant une voie nouvelle…
Ici chacun est merveilleux, sage et parfait. L’art du trio piano, basse, batterie est difficile, j’en ai écouté pas mal, mais celui-ci me semble le plus étonnant peut-être, par exemple on y entend peu de virtuosité, mais on sait qu’ils se situent au-delà…
Il n’y a rien de démonstratif, jamais. Les trois sont à l’os : économe mais suffisant. Comme si tout avait été dit et que l’heure était à la synthèse. Juste l’essentiel. Le brut. La juste note.