Pat Martino, Pat Bianchi, Carmen Intorre, Jr., Adam Niewood, Alex Norris – Formidable – (2017)
Voici le dernier album de Pat Martino, paru en deux mille dix-sept. C’est un album enregistré en studio, pas si courant chez Pat qui préférait le jazz dans l’instant et les enregistrements live. Son précédent effort en studio date de deux mille-six, avec l’album « Remember: A Tribute To Wes Montgomery » sur Blue Note.
Ici Pat est bien entouré, particulièrement avec l’organiste Pat Bianchi qui fait beaucoup et le batteur Carmen Intorre, JR. Il y a également deux invités, Adam Niewood au sax ténor et Alex Norris à la trompette et au bugle sur « Hipsippy Blues ». Pat Martino nous quittera le premier novembre vingt et un, à son domicile, dans sa ville natale, Philadelphie, peut-être du Covid, bien qu’il ait été souffrant depuis quelques années déjà.
Cet album est heureux, fabriqué à base de standards et de reprises, il réjouit et fait plaisir en réunissant deux instruments qui se complètent merveilleusement, l’orgue et la guitare, un mariage heureux pourrait-on dire, tant il fonctionne avec une parfaite complétude, les envolées de la gratte se fixant dans le long drapé de l’orgue, en y inscrivant les plus doux mots.
Il faut dire que Pat est un cador, il est passé au statut de légende, en même temps qu’il gagnait la réputation d’être un « guitariste pour guitariste », comprendre que son nom circulait entre les pratiquants de cette religion, comme une sorte de Dieu vivant, et qu’e l’on parlait de lui de bouche à oreille, sans faire trop de bruit…
Sur ce formidable album, le lion Pat enregistre une reprise issue de son tout premier album dont il faudrait que je vous parle, tant il est chaud, le fameux « El Hombre », le temps d’un souvenir en même temps qu’un retour glorieux à une démonstration de technicité qui époustoufle. Bon, il est certain que l’on ne révolutionne pas le jazz, l’enjeu n’est pas là, ici c’est plutôt comme une histoire d’amour avec la guitare, dans un écrin cosy et confort, avec la nostalgie qui remonte, juste goûter au plaisir facile et se laisser dorloter par ces magiciens des notes qui vous bercent et vous envoutent…
Tout est bon et consommable, car tout ici est juste divin, on vous prend en charge, alors laissez-vous faire… Le Dieu Pat vous oint et vous bénit avec sa gratte divine, que sa grâce se déverse en vous et vous réjouisse, ainsi il vous sera beaucoup pardonné, « In Your Own Sweet Way » ! C’est sûr, le Dieu de là-haut lui rendra !
Il a beaucoup donné, Pat, et n’a pas forcément beaucoup reçu en retour, Ferré quand il chanta « Préface » dit qu’ « Il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok ! », c’est un peu ce qui arriva à Pat qui se trouva, vers la fin de sa vie, hors d’état de subvenir aux frais médicaux nécessaires pour soigner ses maux, son entourage et ses fans seront là pour pallier aux injustices du système de santé américain, vers lequel pourtant nous courons, béats, la bouche ouverte…