Le genre d’album dont on ne parle jamais, il est signé par « Beaver Harris : The 360 Degree Music Experience » et se nomme « From Rag Time To No Time » ce qui en dit long sur ce qu’il est et ce que l’on y trouve. Déjà cette déclaration de Beaver Harris : « La plupart des noirs ne savent même pas que Scott Joplin était noir ! » Alors Beaver prend son bâton de pèlerin et prêche, Scott Joplin était un musicien d’avant-garde, à son époque, il jouait comme personne n’avait jamais joué ! Ajoutant que c’est grâce à cette histoire que les musiciens d’aujourd’hui ne partent pas de rien, s’inscrivant dans une lignée et dans un héritage.
Du coup l’album s’ouvre sur un rag « A.M.Rag », et c’est Dave Burrell qui en est l’auteur et l’interprète au piano, ce n’est pas n’importe qui Dave Burrell, son histoire il la récite du bout des doigts, du rag au free, c’est une bibliothèque ! « The 360 Degree Music Experience », à l’origine était une coopérative composée des deux déjà cités mais aussi de Jimmy Garrison, Cecil McBee, Howard Johnson, Cameron Brown, et le vénérable Doc Cheatham à la trompette et d’autres encore…
De grands noms qui s’illustrent sur une première face tournée vers le passé, avec un petit intermède, qui consiste en un petit solo de batterie, qui s’intercale entre les morceaux. « Can there Be Peace ? » est chanté par Maxine Sullivan, une belle balade qui renvoie à Billie. « It’s hard to But we do » est joué dans un classicisme respectueux, avec un solo entre autres du vétéran Doc Cheatham, une basse ronde et sautillante de Jimmy Garrison et c’est tout simplement merveilleux !
La face deux renoue avec la modernité, Bill Willingham est au chant, Dave Burrell au piano et au balafon, Keith Marks à la flûte, Howard Johnson au sax baryton et à la clarinette basse, Sunil Garg au sitar, Francis Haynes au steel drum, Cecil McBee et Ron carter assurent au niveau des basses et cinq percussionnistes congolais épaulent Beaver Harris. Une face dominée par la puissance rythmique sur laquelle se déposent de magnifiques solos qui s’enchaînent, les couleurs sont très variées, le balafon, le steel drum et le sitar assurent l’exotisme de la pièce. Au passage on remarquera une citation de Sun Ra.
Un chouette album dont les originaux de 75 restent à portée de bourse, semble-t-il. Ce projet aura une suite …