Annoncé comme la révélation de l'année 1992 par ses propres géniteurs et précédé par un single punk sévèrement burné sorti en pleine folie shoegaze, Generation Terrorists est une œuvre ambitieuse, de celles qui finissent par polariser à outrance et se nimber d'une aura mystique. Sauf qu'il s'agit simplement de hard rock et que l'album semble aujourd'hui un peu oublié par la critique.
"Slash 'N' Burn" met tout de suite dans le bain: en 1992, les Manic Street Preachers sont les Guns N' Roses gallois. Un titre purement glam metal rudement efficace et jouissif. Le reste de l'album se distance cependant pas mal de cette intro, comme si le groupe avait voulu se débarrasser en premier de la partie trop encombrante de son héritage des GNR. Car il faut avouer que le groupe se distingue clairement du sleaze par bien des aspects : malgré le look de bodybuilder/branleur du chanteur et guitariste James Dean Bradfield, sa voix ne déborde pas vraiment de testostérone mais plutôt d'une urgence juvénile empreinte de naïveté, tandis que les textes des chansons se font plutôt le manifeste d'une génération en perdition.
Le moment fort de l'album est indubitablement LE tube des Manics, l'immense "Motorcycle Emptiness" qui pour le coup remise complètement le hard rock et s'impose comme un des plus grands hymnes du rock alternatif des années 90, exposant la vacuité de la mondialisation et des gangs de motards (mais si, le lien est évident enfin). Autre titre marquant, le superbe et féministe "Little Baby Nothing" aux vocaux féminins ensorcelants. "Repeat (Stars and Stripes)" est une bizarrerie qu'on croirait à moitié échappée d'un album de Pop Will Eat Itself, un morceau déstructuré vaguement hip hop et criard. Pas vraiment un morceau qu'on peut apprécier en tant que tel, mais ça change un peu du hard pratiqué sur la plupart des autres morceaux, qui peut épuiser un peu vu la durée conséquente de l'album.
La première moitié est la plus riche en morceaux réussis, avec notamment "Nat West-Barclays-Midland-Lloyds" au refrain jouissif, le glam "You Love Us", "Love's Sweet Exile" ou "Another Invented Disease". La deuxième moitié de l'album est en fait moins variée, mais ses titres sont tout de même bons. Le final "Methadone Pretty" / "Condemned to Rock 'n' Roll" est même carrément excellent et termine l'album sur un festival de riffs décoiffants. Certaines rééditions font ensuite suivre "Motown Junk" dont j'ai déjà parlé ou bien l'autre single hors album "Theme from M*A*S*H (Suicide is Painless)". Il s'agit bien du thème principal de la série M*A*S*H, relooké en version hard/alt-rock. Les paroles idiotes en deviennent tout simplement bouleversantes et l'accélération bourrine en fin de morceau est franchement fun.
Au final, un album fascinant à l'énergie juvénile poignante, qui donne juste envie de tout envoyer chier et de partir vivre des aventures épiques avec des junkies dans un Royaume-Uni déprimant.