Restons quelques moments perchés avec cet album de George Lewis (Shadowgraph) qui est parfaitement déconnecté des mélodies et des rythmes. Rien pour se raccrocher, ni thème, ni pulsation régulière. Mais, un discours, ou une conversation, des bribes, des éléments sonores, un langage, c’est certain.
Au fil des quatre pièces de l’album les formations se succèdent, chaque pièce est un tout, une entité particulière. Les musiciens restent ou s’en vont, puis reviennent. Nous avons ici un éventail de personnalités musicales appartenant toutes à l’A.A.C.M de Chicago (sauf erreur de ma part).
Anthony Davis ou Muhal Richard Abrams sont au piano, Douglas Ewart à la clarinette, basse clarinette, au basson, au sax sopranino, à la flûte, cassettes enregistrées et percussions (c’est un ami proche de George Lewis, il n’est pas venu pour rien). Ce dernier est le leader compositeur, il joue des saxs, du trombone, du sousaphone, du tuba, des moogs et des synthés. Roscoe Mitchell de l’Art Ensemble de Chicago est aux différents saxs également, Abdul Wadud au violoncelle et Leroy Jenkins au violon.
C’est sûr, ici ça ne rigole pas, c’est même assez intello et l’auditeur doit faire l’effort, sinon, il s’ennuie, baille aux corneilles, et fait un somme… « Monads », le titre d’ouverture, joué par un sextet, consiste en une conversation d’instruments qui se parle brièvement, sous forme de question/réponse, à deux, puis trois, puis beaucoup, chacun intervient de façon courte tandis qu’un soliste s’approprie davantage l’espace, le propos dure sur un mode d’intensité toujours faible.
A observer, le rôle important du silence, que les sons perturbent, l’égalité parfaite de tous les musiciens, quelque soit l’instrument qui est joué, ni hiérarchie, ni rôle, seule la « matière » compte, c’est-à-dire le son, le « faire » ou le « dire », en opposition aux notions habituelles de rythmes, harmonie ou mélodie. La structure existe, l’esthétique aussi, tout est décharné, seul le squelette subsiste. L’écoute est intéressante, elle exige de la concentration et, idéalement, un auditorium, mais une bonne chaîne fera l’affaire, ou un bon casque.