Putain, je suis fan de Coldplay.
Ça m'a pris lentement, insidieusement. Au début, c'est parti d'un pote. Il les avait découvert avec le premier album, il les suivait attentivement depuis, il en parlait souvent. Moi forcément, je le bashais un peu, parce que bon, moi je connaissais la vraie musique, le vrai rock t'as vu, et je me riais bien de cette pop dégoulinante de guimauve au chanteur plus proche du prof de géographie (Liam Gallagher, toi-même tu sais) que de la rockstar. Et puis comme ça, pour le délire, on est allés au concert. Celui de la tournée Mylo Xyloto. Celle avec les bracelets multicolores et le gros ballon. Voilà voilà.
Et je me suis mis à écouter. D'abord par plaisir coupable, dans ces moments de faiblesse où on retourne tous un peu à l'adolescence (les mêmes qui nous font retomber dans Breaking the Habit et Lose Yourself, vous voyez de quoi je parle). Et puis pour m'endormir, parce que Coldplay pour pioncer c'est assez exceptionnel faut dire ce qui est. Et petit à petit, ce groupe de fillettes a envahi mon quotidien, mon inconscient, il s'est associé de lui-même à mes joies et à mes peines, à mes périodes de doute aussi. Je l'ai vu grimper dans mes charts Last.fm, en trouvant des excuses ("ben ouais forcément c'est de la merde calibrée ça s'écoute facilement") puis en admettant tout simplement l'évidence quand il finit par dérober la première place à Pink Floyd et que je ne pus plus nier : je suis un putain de fan de Coldplay.
Voilà. Je suis un putain de fan de Coldplay parce que c'est un groupe avec une identité (si on peut considérer comme telle leur manie de foutre de la réverbe partout) et qui malgré les critiques que j'ai pu lire ne s'est pas totalement perdu dans la mare nauséabonde du succès. Si Parachutes reste mon opus préféré, parce que le plus personnel, le plus mystérieux, le plus brumeux en quelque sorte, et que celui que j'ai le plus écouté demeurera probablement longtemps X & Y (parce que Fix You, putain, et surtout parce que l'enchaînement de fin est phénoménal de Hardest Part à 'Till Kingdow Come), j'ai aussi beaucoup aimé Mylo Xyloto pour son son joyeux, pêchu et bondissant. Mine de rien, chaque album a son ambiance propre et je profite de la fin de cette phrase pour saluer l'effort de cohérence au niveau de la jaquette qui annonce quasiment toujours avec exactitude la couleur du son qu'on s'apprête à découvrir . Voilà, fin de ma critique sur ma vie et sur Coldplay, le groupe.
Alors qu'en est-il de ce Ghost Stories ? Comme je viens de le dire - car je suis maître de la construction argumentative -, la jaquette annonce direct la couleur : cette fois-ci, on aura droit à un opus onirique, nébuleux et céleste (autant dire qu'on va faire péter la réverbe comme jamais). L'album ouvre donc sur Always In My Head, un morceau effectivement doux, au son caressant et voluptueux, qui introduit les coeurs qu'on retrouvera régulièrement dans les pistes suivantes. Par son rythme lent et prononcé et son instru vibrante, il évoque parfaitement l'instant qui précède l'assoupissement. On enchaîne ensuite sur Magic et Ink, des titres un peu plus énergiques, comme un début de rêve, mais qui gardent cette ambiance nocturne par leur rythme posé et leurs effets, notamment la sourdine qui étouffe le son de la batterie. True Love et Midnight, les deux titres qui suivent, sont un peu faiblards mais continuent à explorer ce thème de la lenteur et de la volupté. Midnight notamment avec son instru minimaliste évoque le sommeil profond et la nuit hermétique qui met le dormeur hors d'atteinte du monde extérieur en général, et de la voix de Martin rendue distante par le vocoder en particulier.
La sobriété de Midnight fait place à la beauté d'Another's Arms, mon morceau préféré de l'album, une chanson au thème céleste qui fait intervenir une choriste aux accents angéliques. Oceans est plus acoustique. Semblable à une berceuse, elle est plutôt anecdotique. Sur sa fin, des cloches se font entendre avant de s'éloigner, pour laisser péter A Sky Full of Stars, le titre dance de l'album qui n'a clairement rien à foutre là, en plus d'être clairement peu inspiré et carrément cheapos. Le son de boîte de nuit s'évanouit enfin pour laisser la place au lointain piano de O, la chanson qui conclut l'album par un son qui glisse sur la surface du rêve comme les oiseaux avant l'aube invoquées par ses paroles, une simplicité bienvenue qui fait office de bilan. À la fin de la piste, les coeurs reviennent comme une réminiscence de la nuit passée.
La version deluxe de l'album propose trois morceaux supplémentaires, All Your Friends, Ghost Story et O (Part 2). All Your Friends, clairement la chanson de trop, montre les limites du concept de l'album en transformant lenteur en longueur. Ghost Story cependant, bien que plus acoustique et pêchue que le reste de l'album, rappelant certains moments de A Rush of Blood to the Head, aurait mérité sa place parmi les pistes canoniques. Enfin, O (Part 2) n'est qu'une reprise plus longue des coeurs de fin de O, histoire de conclure la conclusion. Le procédé aurait été judicieux s'il n'y avait pas eu que deux chansons pour séparer les deux parties. Ce qui me fait penser que l'album était pensé pour être beaucoup plus long mais que faute d'inspiration ou de temps ils se sont cantonné aux neuf premières, laissant le reste de ce qui avait été fait en bonus.
Au final, Ghost Stories tient donc bien les promesses de sa jaquette en proposant un voyage onirique certes court mais cohérent (exception faite de A Sky Full of Stars), avec de belles percées, Always in my Head et Another's Arms en tête, mais comportant peu de morceaux vraiment marquants, l'album se reposant plus sur son concept.
Voilà, maintenant je peux retourner écouter du rock.