John Hillcoat plante rapidement le décor : long travelling sur le désert australien pour se fixer ensuite sur une prison haute-sécurité. De celle-ci on ne sortira plus. Ou presque. Car au-delà du quasi huis-clos que représente la suite du film, c'est aussi et surtout l'immersion progressive dans l'univers carcéral qui nous enrobe, jusqu'à la claustrophobie, jusqu'au cauchemar. Cette réussite doit moins au scénario somme toute assez classique, qu'au parti pris formel ambitieux et rigoureux du réalisateur : cadrage carré et symétrique, mouvements lents, réalisation clinique, addition de différentes séquences distinctes. À ce travail sur l'image s'ajoute une narration qui joue assez habilement la carte du documentaire (voix off, extraits télévisés, sous-titrage de présentation). Mais le véritable tour de force de l'œuvre, c'est de dépasser ce réalisme quasi-documentaire en y intégrant une bande-son hallucinée et cauchemardesque, mêlant cris lointains, musique hypnotique, pensées des personnages et dialogues. Progressivement, la tension s'installe, la prison nous absorbe, dangereuse et claustrophobe, effrayante et sans issue. Nul soupçon d'espoir ne viendra contrebalancer le tableau, nul chaleur ou sympathie ne se dégage des personnages déshumanisés, sans passé ni futur, évoluant au sein de ce microcosme au fonctionnement animal. La démonstration est implacable, l'accusation s'élève progressivement, mais le propos reste empreint de nihilisme. Entre documentaire et film d'horreur, Ghosts... of the Civil Dead est une œuvre originale et puissante, à classer parmi les meilleures réalisations traitant de l'univers carcéral.
Chinaski
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le 9 mars 2012

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