Un jour, Al Cisneros entendit la ligne de basse en phrygien de « Set the control fot the heart of the sun » du Floyd et sa vie en fut changée. Un autre jour (et peut-être le même après tout, il est des alignements de planètes qui n’adviennent qu’une fois par incarnation), Al Cisneros inspira les vapeurs nées de la combustion des efflorescences séchées d’une certaine plante de la famille des dicotylédones et sa vie en fut encore changée. En chemin, Al Cisneros a, semble-t-il, trouvé Dieu.
Dans les traditions orientales, le mot « Om » est le son original et primordial. On peut aussi l’écrire « Aum ». René Guénon a remarqué une certaine proximité avec le mot « Amen ». Tout est dans tout. « Om » est le Logos, le Verbe.
« God » et « Good » proviennent tous deux étymologiquement parlant de la racine indo-européenne « ghedh » qui signifie « Unir ».
Om, le groupe, à partir d’une harmonie simple (mais pas simpliste (le mieux étant l’ennemi du bien)) (re)crée le monde, tout simplement. On est ici dans quelque chose de l’ordre de la transe, de l’hypnose auditive. Et, sans crier gare, votre nuque commence à bouger, votre regard devient vitreux, vos paupières sont lourdes. Nous sommes en plein dans le rite. Les concerts du groupe sont des messes. (Pour l’anecdote, en 2007, le groupe joua 5h durant à Jérusalem…) Les paroles sont à l’avenant : ce sont des prières non pas pour demander mais plutôt pour remercier (comme le dirait la mandr).
Si le logo du Black Sabbath figurait l’ange déchu, qui tombe en disgrâce, la pochette de cette album nous montre un ange, main gauche tournée vers la terre, main droite tourné vers le ciel, dans la plus pure tradition iconographique byzantine. La musique de Om élève. Elle nous prend par la main et nous tire de la fange, de l’animalité la plus basse vers des cieux plus éthérés pour contribuer à sauver un peu notre âme.
La musique doom-stoner-sludge-*rayer_la_mention_inutile* est souvent teinter de noirceur, de pessimisme et de misanthropie. En cela, elle dépeint habilement notre époque et la souffrance que cela peut nous inspirer. Om dépasse cela. Au sortir de l’adolescence, on se prend le réel dans les dents. On devient alors un doomer et on écoute la musique qui va avec, la bande son de nos tristes, misérables et ridicules existences. Om nous propose d’aller au delà, de passer à la cinquième étape du deuil : l’acceptation. N’être plus qu’un veilleur sur les lignes de crêtes, observant le spectacle de ses congénères se débattant comme des insectes, comme des fourmis dans la fourmilière, comme des rats en cages dans un panier de crabes. Cartographier le présent apocalypse (le dévoilement, le décillement des yeux) sans états d’âmes, avec le détachement d’un maître zen. Sortir de notre sac à dos cette personnalité si pesante, la laisser au bord du chemin et continuer sa route, le cœur un peu plus léger. Devenir un bloomer, un peu plus sage, un peu moins creux.