William Parker, Cooper-Moore, Hamid Drake – Heart Trio – (2024)
Voici « Heart Trio » proposé par le grand William Parker, Cooper-Moore et Hamid Drake, un trio rassemblé autour des musiques du monde, entre transe et percussions, flûtes diverses et instruments encore exotiques à nos oreilles occidentales.
C’est pourtant cette variété d’instruments mis au service d’une musique très riche, qui est au centre ici. Faire l’inventaire de ces « outils du son » c’est déjà entrer dans l’album et en comprendre la philosophie et la raison d’être. Il faut imaginer que l’Afrique d’abord, plutôt côté ouest, résonne profondément de ses musiques ici, mais il faudrait prolonger un axe vers l’orient et les musiques lointaines pour mieux appréhender la diversité des rythmes entendus ici.
William Parker joue du « doson ngoni », un instrument à cordes malien avec une caisse de résonnance recouverte d’une peau de chèvre, du « shakuhachi », flûte droite japonaise avec cinq trous, propice à la méditation, du « bass dudek », un instrument à vent d’origine arménienne, réputé pour posséder un son mystique, la flûte ney qui prend son origine en Perse qui est utilisée dans tout le monde arabe, et enfin de la flûte en F# plus universelle…
Cooper-Moore est lui aussi un drôle d’oiseau puisqu’il joue d’instruments qu’il a fabriqué lui-même. L’« ashimba » qui est un xylophone à onze notes, et la « harpe à manche en houe », quant à Hamid Drake il joue du tambour sur cadre et da la batterie basique, voire pour débutant.
Vous l’avez compris nous sommes conviés à un voyage multi ethnique, à travers le monde, ses musiques et ses expressions musicales diverses, entre instruments à cordes et à percussions. La pièce la plus longue est « Kondo » qui frôle le quart d’heure, la batterie de Drake supporte le ngoni et la harpe dans une sorte de tourbillon, où s’entend un chant formé d’une mélodie, ou est-ce une psalmodie qui s’incruste dans la musique et la fait vibrer ?
Peut-être le titre est-il une allusion au célèbre trompettiste Toshinori Kondo qui s’en alla en deux mille-vingt ? Mais la pièce est belle et s’enroule autour des instruments à cordes, secoués par des motifs répétitifs et une rythmique elle-même très consistante, il semble que la pièce soit formée de deux parties distinctes, la première cessant en même temps que les chants.
« For Rafael Garrett » est dédié à Donald Rafael Garrett, multi instrumentiste de Chicago, lui aussi disparu, c’est sans doute la flûte ney qui s’entend ici, car celle dont joue Parker a été fabriquée par ce même musicien. Mais je ne suis pas sûr car ce pourrait également être le « bass dudek » qui s’entend ici, bien que sur « Mud Dance » un peu plus haut, on l’entende mais avec un timbre différent. Nous pensons fort à Didier Malherbe qui jouait lui aussi du duduk arménien, instrument cousin. La sonorité est magnifique et transporte aisément l’auditeur conquis. Quoiqu’il en soit la musique est belle…
« Processional » ferme ce bel album avec un mélange organisé de ngoni, de harpe et de percussions, qui tissent une pièce harmonieuse, qui pourrait fort bien être une marche processionnelle, comme le suggère le titre. Beaucoup de belle musique ici, destinée à ceux qui désirent ouvrir la fenêtre et suivre les vents, se laisser porter vers les musiques originelles et variées, vers la nature retrouvée…