Carla Bley – Heavy Heart – (1984)
J’avais évoqué un peu plus haut une sorte de tournant un peu « jazz rock », stylé années quatre-vingts, et bien le voici… En général ce genre de virage s’accompagne d’adjectifs divers, comme « superficiel », voire « commercial », ou bien « léger » même, enfin, on sent une perte dans la gradation et dans l’estime qui va avec, il peut même percer l’idée d’une trahison, ou pire encore d’une porte qui se ferme, avec un côté décisif…
Bon, nous n’en sommes pas tout à fait là, pas avec cette extrémité, mais il y a un peu de ça, cependant… Côté positif, l’orchestre est composé d’excellents musiciens, des cadors, la patronne Carla porte elle-même une grande part de ce changement, à son habitude elle compose, soigne les arrangements de l’orchestre, joue de l’orgue, mais également du synthé…
Il y a un pianiste, Kenny Kirkland, pourquoi pas, Carla se consacrera de plus en plus à l’orgue dont elle aime la souplesse. Il y a également l’excellent guitariste Hiram Bullock, Michael Mantler et sa trompette, Steve Slagle à la flûte et aux saxs baryton et alto, Gary Valente au trombone, Earl McIntyre au tuba, Steve Swallow à la basse, Victor Lewis à la batterie et Manolo Badrena aux percus.
J’aime bien « Talking Hearts » sur la première face, pièce lente qui tranche, « Ending it » face B avec ce trombone si plaisant, « Starting Again » avec un beau solo de piano qui ne cherche pas à plaire et s’élève, contestataire, la gratte qui succède est également inspirée.
« « Heavy Heart » qui conclut l’album prend son temps, presque dix minutes au total, un truc genre ballade avec plein de lyrisme, qui rappelle le bon vieux temps. On pourrait même s’y accrocher à deux pour un slow, s’enlacer tendrement, ou encore avec un seul bras, l’autre étreignant... la cigarette, histoire de montrer qu’on ne tombe comme ça, facile… Et puis il y a ces fausses fins qui n’en finissent jamais, et ces vrais redémarrages avec cet orgue qui le fait bien, et ces accélérations de temps en temps, comme pour agiter le cocotier, avant de retourner une bonne fois vers la tendresse et ce final de cinéma, irrésistible, c’est ça, Palace !