Mike Patton, Ikue Mori, John Zorn – Hemophiliac – (2002)
En très bon état, et avec le obi, mon exemplaire serait très recherché, mais voilà, il est comme il est, il offre cependant autant de bonne musique que le plus rutilant de la série des deux mille quatre cent quatre-vingt-dix-neuf autres, signés par les musiciens. Obtenu à prix raisonnable il me comble et fera bien pour mes vieux jours. A la sortie du skeud il fallait le commander directement chez Zorn pour $47.00, ce qui va, tout bien pesé…
J’étais un peu méfiant car je connais le trio par l’album du « cinquantième anniversaire » qui m’était apparu comme le moins intéressant du lot. Mais là, il va me falloir remettre en question ces préjugés, car ici c’est du lourd et du bon, je l’ai juste posé dans le lecteur Cd pour me faire une petite idée, et je n’arrive pas à décrocher. D’un autre côté je ne serais pas le plus difficile à convaincre, car je suis au fait de ces trois-là, et je connais leur sens aigu de la provoque et du sans limite.
Déjà, c’est un double Cd chargé lourdement de plus de deux heures d’écoute, c’est-à-dire environ le max, de quoi faire exploser les neurones des plus dociles ici, s’ils s’aventurent sans ménagement, ça c’est pour la forme.
Ils sont trois donc, Zorn au saxophone alto ainsi qu’à la voix, Ikue Mori à l’électro et aux « drum machines », et Mike Patton à la voix et à l’électro, ce dernier souvent signalé comme étant le plus extrême du lot, mais va savoir…
Il est un peu spèce faut dire, il suffit de l’entendre converser avec les hennissements d’un cheval pour situer. Pourtant, malgré les préventions, ce qui se passe ici est souvent génial, et, pour tout dire, assez loin de ce que j’imaginais.
C’est quasi doux et presque en dedans, pas si effrayant, ça penche plutôt vers la zone subtile plutôt que l’agressive, c’est même souvent assez beau, voire remarquable, les trois s’écoutent, dialoguent, se relancent avec beaucoup d’ à propos. Ça file vite et bien.
Les enregistrements viennent de partout, de multiples captations, tout est en live et l’équilibre entre les trois est savamment maintenu, pour que tout tienne et avance en maintenant constamment l’intérêt, tout en conservant subtilité, humour et constance, on se régale !
Alors bien sûr il y a des tempêtes, des interruptions, des outrages, de l’inattendu et même du malentendu, il faut bien également un peu de sauvagerie, quand la bête se réveille, des hurlements, des clameurs et des musique primitives qui surgissent en même temps qu’arrive l’Ankou…
Bon, nous étions prévenus alors ne boudons pas, d’autant que le premier volume reste d’accès facile, le second glisse davantage vers l’excès, voire le torve et l’animal, c’est une sorte de nécessité, un « must » auquel on ne peut échapper. Acceptons-le, c’est déjà commencer à l’aimer …
Pour résumer, certains classeront cet album du côté des musiques extrêmes, ce qui ne correspond qu’à une partie de l’album. L’énergie pourtant est bien là, tout du long, elle se régénère constamment, et l’album fourmille d’idées et de combinaisons sans jamais fréquenter la case ennui, car il surprend constamment, échappant au normatif et même à l’anticipation, ce qui est une grande qualité.