Here, My Dear
7.7
Here, My Dear

Album de Marvin Gaye (1978)

Cet album génial, aux lyrics d'une brutalité et d'une franchise inouïes, giclées de couteaux et d'assiettes, avocats opposés, plume déposée sur du papier noir comme la déprime d'une rupture administrative où toute la vie de Marvin Gaye est en jeu, est le dernier testament artistique de la plus belle voix noire américaine alors en vie.


L'album est d'autant plus brutal qu'il est d'un sexy grandiose. Comme si l'on pouvait -et l'on souhaitait!- danser sur cette création enfouie dans l'esprit alors torturé de son auteur, accouchée à la place d'un album alimentaire pour payer les frais d'avocats de son ex-femme. Les gonzesses et Marvin Gaye, toute une histoire. Il confiera quelques années plus tard, jusqu'à sa mort, qu'il vivait dans la déprime. Il ne s'en relèvera jamais, effleurant (comme par peur) toutes les thématiques qui lui sont chères, vidant son sac et relevant un peu plus de la vie sentimentale qu'il menait alors avec Anna Gordy, sous un déluge de beat soul et funky.


Portant sa voix vers ses plus belles nuances soul (écoutez-le chanter "I don't think I'll have many regrets baby" dans la chanson titre, et pleurez), retravaillant cette idée de concept album avec répétitions de certains morceaux pour ne pas perdre le fils ("When Did You Stop Loving Me,...), présence certaine de nappes de synthé qui témoignent de l'époque dans laquelle l'album a été conçu, Marvin Gaye laisse place à un songwritting effarant de nudité crue, d'humour piquant et de rage, sans oublier de danser, humiliant de manière définitive celle qui a voulu tout piquer.


On n'écrase pas si facilement cette figure de style promptement masculine, débordant d'amour, implorant le cul en tant qu'art de vie, swing et maîtrise totale de son art, Here, My Dear qui, même trop long, demeure l'un des grands moments de la musique moderne où expérience personnelle et impératifs commerciaux fusionnent en un tout parfois maladroit (on pense à la période Chrétienne de Dylan) mais d'une honnêteté toute fébrile.


"There's a lot of truth in it babe".

XavierChan
9
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le 18 déc. 2017

Critique lue 580 fois

XavierChan

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