Après plusieurs sorties (mixtapes, album de reprises…), le Californien, habitué des studios pour ses innombrables collaborations avec la sphère indie, rap et même pop US, se lance dans ce qu’il qualifie de premier album : un courageux ensemble de 18 titres, soit 1h10 de musique auto-produite, composée et interprétée par ses soins.
La force de cet album réside dans le talent de composition mélodique de son auteur, qui délaisse les teintes freak folk de Sticky Thumb (paru en 2021) pour adopter ici, presque pleinement, le format de la ballade low-tempo californo-mélanco-contemporaine.
L’efficacité des titres rend l’ensemble accessible et facile à écouter, à playlister. On devine alors que l’une de ses nombreuses casquettes dans l’industrie fut sans doute celle de toplineur.
Pensé, comme l’explique son auteur-surfeur, pour accompagner un coucher de soleil — passer d’une lumière rasante à une dorée, puis rosée, pour enfin, après le rayon vert, se retrouver seul dans l’obscurité — l’album s’inspire clairement d’une esthétique vintage, évoquant le lyrisme des Beach Boys. Les rythmiques hip-hop east coast enregistrées sur cassette. La basse étouffée jouées sur des flatwounds façon Motown. L’association du chant en falsetto et d’une guitare mi-funky mi-psyché évoque inévitablement Unknown Mortal Orchestra.
On se réjouit de l’emploi des cordes frottées, qui ajoutent du corps à un album souffrant parfois d’une certaine uniformité sonore et méthodique. Il faut aussi souligner le talent technique de son jeu : des envolées de guitare témoignent de sa formation jazz.
Le mix, hyper précis, joue avec la stéréo : chaud, rond, enveloppant — un cocon dans lequel se réfugier durant ce gris automne.
En conclusion, un album hyper solide, témoin de nombreuses années de studio ayant affûté l’oreille et la plume du musicien, mais qui souffre d’un manque d’accidents ou de ruptures. Une œuvre (trop ?) confortable, où l’artiste semble avoir trouvé une recette magique qu’il répète inlassablement, au risque d’enfermer l’auditeurice dans une boucle de velours.
Si le temps te manque :
Black and White,
Stranger,
Shadow World,
Sorry,
Tangerine.
Pour les fans de : Unknown Mortal Orchestra, El Michels Affair, Kali Uchis
À écouter : la fin d’un dimanche ensoleillé, au début du couchant, chez soi, au casque, récemment célibataire.