Ambrose Akinmusire – Honey From A Winter Stone – (2025)
Tiens, le premier album de deux mille vingt-cinq ! Il me reste encore des albums de vingt-quatre à écouter, mais je priorise celui-ci, car je suis un fidèle de ce musicien dont j’ai les six derniers enregistrements, je conseillerais volontiers le consensuel « A Rift In Decorum (Live At The Village Vanguard) » à ceux qui désireraient rencontrer pour la première fois ce curieux trompettiste.
Il avance en carrière sans esbroufe ni scandale, d’un tempérament réservé, presque austère, Ambrose construit une magnifique œuvre, brique après brique, avec une constante qualité, ce qui ne l’empêche pas de multiplier les rencontres et d’évoluer. La musique est son affaire, il se consacre à son art avec tout le sérieux nécessaire et ce dernier opus marque à nouveau une évolution, graduée, mais, me semble-t-il importante.
Le premier signe tient dans l’entourage du musicien, l’arrivée de Kokayi par exemple, qui apporte son flow et son rap sur quatre des cinq compositions, dès « Muffled Screams » qui ouvre l’album et dont les paroles figurent dans le petit livret d’accompagnement. Ce retour vers les musiques dites « urbaines » est encore plus important que sur « Origami Harvest », paru dans la période Blue Note du musicien.
Il y a également le MIVOS Quartet qui participe, avec Olivia de Prato at Maya Bennardo au violon, Victor Lowrie Tafoya à l’alto et Tyler Borden au violoncelle, la seconde pièce « Bloomed (The Ongoing Processional Of Nighas In Hoodies) », absolument magnifique, vibre de ces cordes-là, avec des accords et des sonorités viscérales.
Mais il faut encore évoquer l’arrivée de « Chiquita Magic » aka Isis Giraldo, aux synthés, qui apporte grandement, se combinant à merveille dans l’ensemble musical en tissant des nappes sonores envoutantes. Pour être complet il faudrait également citer le pianiste Sam Harris, le fidèle, qui veille, et Justin Brown à la batterie…
Bien évidemment un tel album est particulier, sans basse, mais le synthé fait l’affaire, comme sur « Owled », autre séquence hypnotique. Mais, à la lecture du livret, c’est un peu plus qu’un enregistrement parmi d’autres pour Ambrose Akinmusire, qui évoque une sorte d’autoportrait, en même temps qu’il le dédie au regretté compositeur Julius Eastman. L’album n’est pas free mais reste très moderne par l’interaction de toutes ces sonorités qui se combinent comme une sorte de symphonie inhabituelle et totalement étrange, qui offre des couleurs futuristes inédites. La dernière pièce « s-/Kinfolks » est géantissime.